Désobéir à la peur !

Désobéir à la peur !

 

( écrit, il y a une quinzaine d’années )

J’ai affronté la mort, sans lui parler,
Pensant perdre mes sourires, à tous jamais.
Le mal, de mon corps se nourrissait,
L’espoir m’avait oublié.
Chaque mot était une souffrance,
Même Dieu prenait ses distances.

Un à un, les jours osaient un demain,
En une mélodie du dernier matin.
J’ai fermé les yeux, cherchant la nuit
Comme ultime silence,
Un départ en errance,
Sur les pointes de la vie, sans bruits.

Il me faut changer de maison
Repousser, encore l’horizon !
Au grand faiseur de bien des doutes,
J’ose, quoi qu’il m’en coûte
Désobéir à la peur,
Bien qu’avance le curseur !

Philippe De Frémontpré !
( Au delà de l’innocence )

Le noble silence !

Il est en la pratique, un exercice simple, humble ,

Garder le noble silence !

Un instant particulier où l’on observe les sons. Ces sons en notre esprit, en notre corps, en notre cœur ! Il n’est nul question de fuite ou de repli, mais un retour en soi pour mieux appréhender son environnement , pour mieux apprendre l’autre et se désapprendre soi !

Le battement d’un cœur, signe de vie. Le souffle d’une inspiration généreuse, d’une expiration apaisante.Le chant d’un bol tibétain dessinant l’infini ! Il y a en nos silences une paix autre, une paix humble, attentive où le présent anoblie en sagesse !

Une souffrance peut se soulager en la colère, en un cri, mais cela n’apporte qu’une goutte d’eau s’évaporant au soleil, rien de plus rien de moins ! En le noble silence, on observe, on apprend, on comprend. D’abord à ne pas être cette souffrance, mais plus encore à l’accepter et y trouver remède !

Comme le vent disperse nos prières à la surface de la terre, il nous suffit , parfois, d’une pause pour en saisir le sens, pour que dans un noble silence nous découvrions notre vraie nature !

L’équilibre n’est pas, seulement, cet effort nous permettant de rester debout ! Il est cette attention, cette vigilance à oser une pensée juste, un acte juste, malgré tout !

Chuut ! Écoute ! écoute , cette seconde dessiner l’espoir!non pas comme un horizon inatteignable, mais comme cette soif d’etre meilleur à chaque pas !

Pour F.

Le regard de l’autre !

Se détacher du regard de l’autre !

Voilà, quelques mots déconcertants ! Comment les appréhender, les comprendre ?

L’interdépendance, cette évidence, tisse chaque jour ce lien invisible, mais oh combien, emplit de cette immense richesse qu’est le chemin vers le bonheur de tous les êtres vivants !

Dans ce petit bout de phrase, deux mots me semblent des plus importants à observer, à apprendre : Regard, détacher ! Volontairement, je laisse de coté tous ces a priori, ces artifices, ces crispations faisant de nos observations une souffrance et que nous savons vaniteuse et éphémères.

L’essentiel est il dans la manière dont le regard de l’autre se pose sur nous ou dans l’interprétation que nous en faisons ? L’essentiel est il dans le jugement qu’il porte ? L’essentiel est il dans cette peur qu’il véhicule ? ………..Bien, des questions se heurtent, se fracassent sur ces certitudes que nous nous forgeons peut être sans réelles raisons ! Le non-jugement reste la première et véritable approche paisible !

Un regard est une émotion, une émotion de l’instant où se condense la spontanéité d’un sentiment, d’une peur, d’une souffrance !

Se détacher n’est ce pas comme faire la planche, c’est à dire avoir pleine confiance en soi ? Ne faut il pas etre plus que nous meme ?

Se faire confiance pour accepter, comprendre ce qui est sous la masque d’un regard !

Je conclurai par les mots de Maurice Zundel , sonnant véritablement en réflexion pour beaucoup !

«  Si nous ne connaissons pas davantage les autres, c’est parce que nous ne devenons pas autrui , parce que nous somme enfermé en nous mêmes, parce que nous ne savons pas nous dépasser ! »

 

Je ne serai pas cette maladie Part I

Je ne serai pas cette maladie!

Nos vies, nos parcours sont une succession d’instants où nous sommes confrontés à nous même au travers de nombreuses émotions, de choix réfléchis ou non, de joies simples , de sanglots épuisés . La maladie, est un élément de cette addition de circonstances, de conséquences, j’allais écrire « absurdes », mais , inévitablement dépendantes , me semble plus approprié! Nos négligences au quotidien, nous entraînent par vanité , à délaisser notre corps, notre environnement puis notre esprit.Pour en parler, l’expérience s’avère un appui dés plus démonstratif.C’est au creux de la vague, là où, dans ma vie, le vent était le plus fort, que mon ego prit la barre ! Manœuvrant entre mensonges, faux semblants, demi vérités et désirs éphémères, je sacrifiai la réflexion au paraître, la lucidité aux plaisirs imbéciles, l’humanisme à l’indifférence. La soif du moi m’éloignait des rivages du réel, me détournant de l’exigence d’apprendre à être. Vivre sans apprendre parait si simple ! C’est en cette assemblage présomptueux, en cet éventail d’indécisions, d’actes bizarres voir déments qu’une triste compagne de voyage décida de partager mes jours et mes nuits. Elle s’insinua en ma carcasse, distillant son venin avec habileté et détermination.

Le fait du hasard ? Non, il n’en est rien !

En une seconde, nous dessinons nos mots, construisons nos actes et de ce fait, pensons , avec forces certitudes, les maîtriser ! Inspirer par ma suffisance, j’évoluai en un duel permanent, captivé (je le découvrirai plus tard) par l’étendu de mon ignorance ! Comme la pierre jetée dans l’eau propage une onde grandissante en sa surface, chaque plein, chaque délié, chaque geste, chaque action génère un point d’exclamation, d’interrogation, un silence, un cri, une souffrance, une joie ! Tout cela est insoupçonné, imprévu, ignoré, inconnu en l’instant .Personne ne peut affirmer que la minute suivante est prévisible ! En ce contexte de bonheur funeste, fragile , le mal-être fait le siège de l’esprit, accusant l’univers de mes hypocrisies, de mes aveuglements ! Pourtant, je me croyais invincible, osant la laideur avec impudence, le mépris avec orgueil ! J’étais en état de faiblesse, malgré mon arrogance ! Profitant de cela, cette triste compagne de voyage pris mon pas, certaine de faire une nouvelle victime !Comme beaucoup, je me suis posé cette question de la relation de cause à effets ! Des théories existent ,crédibles ou non, le médical entame une réflexion à ce sujet, de nombreux érudits attestent d’un lien probable voir prouvé ! A ce jour, je n’ai pas de réponses, mais la médiocrité de la pensée, la pauvreté des décisions ouvrent bien des portes à l’angoisse , l’anxiété, la lassitude, magnifique terrain pour que germe la détresse du corps !

Soudain, il fit très froid en moi ! Tout me paraissait fade, sans grand intérêt. Mon corps me parlait mais je n’écoutais pas, plus il souffrait plus je le sollicitais comme pour m’interdire l’évidence, comme pour nier la peur , ma peur! Suées nocturnes, perte de poids, maux de tête, j’essayais vainement de me convaincre du caractère peu grave de la chose ! La chose ……. !??? Une inconnue qui passe ? Non, qui s’installe en silence, sournoise, perfide, rusée ! Elle manie le «  chaud et froid » en experte, accentuant désarroi,terreur et même lâcheté ! Et il y a toutes ces nuits ……..! Le sommeil me fuit en la moiteur glacée d’un lit de solitude. Les larmes se mêlent à la sueur, l’effroi tisse sa toile, la colère s’abandonne à l’épuisement…… Face à face avec le temps, patient témoin d’une dérive annoncée, engourdit, paralyse ces secondes sombres sans trop savoir pourquoi ! Toujours, toujours, ce pourquoi agaçant, torturant !! L’incompréhension devient une obsession,le quotidien est tyrannique , repoussant le bon sens au loin ! Le questionnement est permanent, le « pourquoi du comment »en tous sens sans réelles réponses. Combien de fois les larmes brouillèrent mes pensées, la gorge nouée, le corps abattu, l’esprit se perd, frêle esquif en plein ouragan . On retrouve dans le regard de l’autre toutes nos questions sans réponses, ces interpellations où l’on crie énervé, sans trop y croire «  Oui ! Oui ! Ça va ! » On s’accroche à cette bouée percée , essayant de bâtir sur le sable! N’est ce pas monstrueux que de se mentir à soi même, de ne se tourner que vers soi pour partager ce déni d’évidence !?

Après quelques examens, Irm,scanner, biopsie,prise de sang et j’en passe, le diagnostic tomba : La «  chose » est bien là ! Stade quatre ( sur cinq), une bonne note, me dit elle en tartuffe ! Mais avant l’acceptation de la maladie, une question m’a percuté de plein fouée , une nuit où j’allais particulièrement mal . Comment envisager la vie, un futur quand invisiblement mon corps se détraque, s’use doucement ? Je m’aperçus que je m’aliénais à la «  chose » simplement et je peux dire que j’y trouvais un certain confort ! Se plaindre, se victimiser…. un délice ! Votre statut change . L’anonyme devient le malchanceux, l’égoïste est alors digne d’intérêts ! Étonnant, non !? A dire vrai, cela m’est apparu comme absurde, la peur des autres se reflétait dans leurs mots , dans leurs gestes comme un «  tant que c’est lui , ce n’est pas moi ! » j’entamai une lutte contre la peur, contre les peurs  avec une certaine haine, sans savoir vraiment contre qui , mais vraiment contre tout !! Si, nous n’y prenons garde, en pays de Maladie, nos travers se trouvent décupler, l’effet pervers de l’incompréhension, de l’ignorance, cette peur de l’inconnu .

Les circonstances m’ont accordé cette solitude étrange, douloureuse, pitoyable, ce silence étonnant, assourdissant, admirable , les pages les plus difficiles, mais aussi les plus authentiques de ma vie . Je parcourais ce traumatisme de long en large, essayant d’y trouver une lueur, un indice m’incitant à cesser de m’agiter violemment, à faire taire ma révolte! Je me repassai en boucle les mots du diagnostic , comme on se sert un autre verre pour oublier . J’avais tant à affronter ! Les miens d’abord ! Je ressentais, non pas ma douleur, mais leurs déchirements, leurs désespoirs, leurs chagrins, une tempête en mon esprit !…….insupportable ! Les regards incrédules de mon épouse, de mes enfants m’ont poussé vers une humilité, une compassion qu’il me fallait appréhender , car totalement inconnue ! Il ne me fallait pas entrer en maladie, mais m’en détacher . Atténuer leurs craintes , oser un sourire pour une joie partagée……une minute ou deux ! Apprendre, réapprendre à vivre !!!! Cela se résumer ainsi, m’oublier grâce et à cause de l’autre ! Pas seulement mes proches, mais aussi le personnel hospitalier. La souffrance a cette vertu de faire tomber les masques……quand l’humilité s’en mêle avec sincérité!

Je ne serai pas cette malaldie Part II

Je bénis ce jour où j’appris à sortir de ce monde et oser avec audace la vie! Bien sur la souffrance m’accompagne, mais la panique s’est envolée, un défi inconnu m’attend : Comprendre  pour accepter ! Dans ces trois mots , l’espérance, la compassion, la joie , autant d’inconnues à aborder sans détours mais avec vigilance et humilité Ce fut un moment bref, intense . Une intelligible clarté apparaît, la croisée des chemins ! Faire un choix est une nécessité pour jouir d’une autre liberté ! Je ne serai pas cette maladie !!!!!! Cela me déroute, m’interpelle ! N’est ce pas curieux qu’il faille pour apprendre, ne plus se poser de pourquoi ? Etre loin de soi pour être tout prés de l’autre ??? Un paradoxe n’est il pas ?! Le jour ne se pose pas de question ! Il naît chaque matin , non pas pour lui même, il est si différent en sa clarté dévoilée, mais pour un monde à envisager, à imaginer le plus beau , le meilleur possible ! Être utile, être meilleur ! Ne pas se demander pourquoi , mais comment ! Voilà, je crois l’esquisse d’une voie autre, humaine, pure, vraie !

Très vite, il m’apparut non pas après une longue et intense réflexion, ou une fanfaronnade idiote, que ma souffrance avait peu d’importance, une évidence douce claire presque palpable ! Elle était là, souriante, bienveillante, elle marchait à mes cotés, c’est tout , traduisant chaque moment en joie, simplement !! Seul l’environnement me rappelait ma réalité. Les murs blancs, le lit inconfortable, le bruit des chariots divers et bizarres, la prise de constantes et tous ces tuyaux , perfs etc etc …. (La sonde urinaire a été mon pire cauchemar ! ), les plaintes , parfois venant d’une autre chambre plus loin ou plus prés …Je ne souhaitais qu’une chose, dés mon réveil, voir cette porte s’ouvrir et une personne entrer! Infirmière aide soignante, femme de ménage, docteur, famille, proches… tous ces gens me donnaient soif ! Soif de vie , soif de les connaître, soif de les apprendre ou réapprendre, soif de les écouter, de leur porter de l’attention, de partager ! Parfois un sourire, un rire suffisait, à d’autres moments les mots s’enchaînaient les uns derrière les autres ! J’éprouvais un vrai bonheur à parler, parler, mais plus encore a être attentif, à boire leurs paroles, à oser entrer dans leurs existences discrètement, les regarder, apprendre encore et toujours ! Quand la solitude prenait place ou que le sommeil tardait, la plume accompagnait les secondes, dessinant , ainsi les heures différemment. Le temps a , soudain, une autre grandeur, le silence s’installe entre rime et virgule comme pour oser l’instant ! Comment expliquer cela ? Comment expliquer cette envie irrésistible de danser sous la pluie ou d’apprivoiser le vent ? N’est ce pas plus pertinent tout simplement d’être mouillé mais heureux ? !!

Dans cet afflux d’émotions, comme dans un plat rempli de beaux fruits, l’une d’entre elles s’est dessinée plus charnue, plus sucrée, plus mystérieuse certainement ! Une notion, qui ,pour pour la plupart d’entre nous, est teintée de cette satisfaction matérielle qui enflamme les sens et fait éclore la Vanité !

La gratuité !

Pour apprendre ce mot, il importe d’oublier le «  pourquoi » et d’oser la spontanéité , l’authenticité ! Il est en notre vraie nature  ces vertus humbles, impartiales, justes! En quelque sorte «  s’abandonner ». Pour illustrer ce propos, il me vient, j’allais dire au cœur,il me vient à l’esprit, ce matin d’Août.

Après le dernier passage , au petit matin, des personnels de nuit, il est ce long moment d’attente entrecoupé de pensées diverses, bizarres et d’un certaine somnolence presque mécanique. On découvre, avec amusement le fonctionnement de la télécommande du lit ! (Un grand moment !) Tests et amusements se succèdent sans vraiment de raisons précises, car l’on sait, malgré tout , que la literie a souffert autant que nous ! On perçoit , également différemment les couleurs d’un ciel que l’on côtoie depuis des années et sur lesquels on n’avait prêté aucune réelle attention ! On guette les bruits de couloirs annonçant le chariot du petit déjeuner en s’agaçant d’un pansement douloureux , de cette satanée sonde urinaire, véritable boulet de bagnard !

Je ne serai pas cette maladie Part III

Mon regard s’attardait en ces énigmatiques formes nuageuses blanches cotonneuses éparpillées dans ce bleu naissant,.

Derrière moi la porte s’ouvrit, première prise de sang…J’entends un «  bonjour » empli de tristesse, comme accablé ! Me tournant vers cette arrivée, je découvris la grisaille d’un regard, un sourire machinal sans joie ! Je ne connaissais ni la nature, ni l’ampleur du problème motivant ce tourment et j’avoue que cela, dans un premier temps m’importait peu ! Agnès entreprit d’exécuter sa prise de sang ….

– Posez votre matériel Agnès lui dis je , approchez vous !

Il me parut , évident , de la prendre dans mes bras une minute ! Il y eut dans ces secondes comme un apaisement, un souffle différent !

– Maintenant allez y !

Je vis , alors dans ses yeux, un soulagement. Non pas, que tout était réglé , mais qu’un geste spontané, gratuit était un remède fort et précieux pour avancer différemment !

– Merci me dit elle !

– Non ! Merci à vous pour ce rire ! Oui ce rire là !

Suivit un éclat de rires commun bienfaisant et un «  aie » pour la piqûre ! La chambre fut un « ailleurs » débordant de joie, un énorme soupir de bien être !

La gratuité de ce geste , de cette compréhension silencieuse , c’est avancer sans pourquoi .

Plus tard, nous avons échangé sur cet instant et ce «  sans pourquoi » nous apparut important, comme le moteur d’une réflexion à venir. La souffrance s’atténuant une fois fractionner, il est plus simple d’en trouver le remède. Dans notre appétit d’immédiats , on se résigne plus que l’on ose ! Nous faussons par des jugements subjectifs a priori, la pureté d’une compassion pure et vraie !……………………

L’acquis emballé !

«  Ne tient pas pour certitudes , les réponses partielles et partiales données à tes peurs ! Elles génèrent plus de conséquences négatives que de justesse! » Elias.

Avec ces quelques mots Elias me pousse , à aller au delà de l’acquis emballé que l’on me présente, trop souvent, pris pour vérités premières. L’observation, la réflexion ne sont pas des mots divins nous conférant, soudainement, la joie de la révélation ! Ils sont, en eux mèmes, la pratique vigilante et disciplinée, de l’attention pure qu’il est bon d’adopter. C’est un apprentissage exigeant, fastidieux qui ne conçoit pas la facilité.Pourtant, en cette assiduité à la pratique, notre respiration s’apaise, notre esprit fait le choix de la compréhension juste.

En écrivant le mot «  attention », je ressens son sens absolu, un horizon infini de compassion et de bienveillance ! Faire vivre cette « attention » en pensées, en actes est notre vraie nature, l’essence même de l’humanité noble , généreuse, heureuse ! Il n’y a là, aucune faiblesse, mais cette liberté authentique de s’abandonner pour plus grand que nous meme !

J’ai, souvent entendu, «  oh ! Que de temps perdu ! » ou «  C’est , dans ce que je prends de suite qu’est ma sécurité ! ». Dans ces frayeurs, ces lâchetés que nous côtoyons chaque jour, nous avons la possibilité de courir, courir encore, plus vite vers un confort immédiat mais éphémère ou au contraire de prêter attention aux causes, aux conséquences et d’y apporter un remède !

Elias a , pour nous , cette réponse :  « Nos pas sont guidés par la volonté d’être meilleur ou le besoin de satisfaire Nos désirs, Nos envies sans attendre ! autrement dit l’altruisme ou la vanité !»

 

L’instant !

 

L’instant.

L’instant, n’est souvent qu’un constat en marge d’une timide et pauvre réflexion. Tiraillé par notre égo, l’éphémère, l’immédiat, nous oublions l’écoute. Oui ! l’écoute de nos propres émotions, l’apprentissage de la réflexion, la compréhension de l’utile !

Le précieux de l’instant est en ce millième de seconde , un infini, un horizon un empire, une autre vie, mais aussi, un enfer de souffrances ! L’instant est à la fois une question et une réponse, là se construit l’humain dans ce qu’il a de plus merveilleux ou de plus sombre. Au delà de l’instant, surgissent les conséquences avec leurs lots de «  si j’avais su » ou pire «  je le savais , pourtant ! » Croire à son importance, s’initier à l’attention du moment, n’est ce pas, d’abord être bienveillant envers soi-même ,conquérir en soi ce que l’on donnera à l’autre ? !Impliquer, à chaque pas, cette attention active en l’autre et pour l’autre !

Prenons l’exemple de cet instant particulier, nous reliant avec nous mêmes ! Le déchiffrage d’un texte ou le griffonnage de quelques pensées . Les liens que sont les doigts tenant la plume ou les yeux parcourant un champ de mots sont les parties physiques , visibles de ce que nous assemblons en notre esprit. L’indispensable position, la respiration , la concentration ce qui apparaît comme des détails participent en fait, en quelques traits au dessin de cette intériorité que , toutes et tous, souhaitons appréhender avec calme et sérénité . Une nécessité….. ? Un chemin de paix !

En écrivant ces mots, il me revint en mémoire une anecdote. Anodine, simpliste , peut – être, elle nourrit, pourtant, ma réflexion. Les certitudes ne sont que des châteaux de cartes quand s’invite la minute suivante ! Nul ne peut affirmer qu’elle est prévisible !

Nous étions en juillet, un de ces dimanches après-midi, où le ciel prend le temps de choisir entre soleil et nuages. La terrasse, le jardin semblaient sortir de la douche, trempés de la chaise à la brindille par une averse, aussi abondante que brève. Un coin de ciel bleu hésite à grandir quelque peu, coincé entre deux énormes nébuleuses grises. Derrière la porte fenêtre, le vent avait perdu son audace, il faiblissait doucement comme fatigué de son travail de la nuit !

Je percevais au travers de la vitre toutes ces senteurs particulières du parc ! Fermant les yeux, je parcours les allées, remplissant mes poumons de saveurs fleurales, aériennes étonnantes. Il parait difficile de ressentir cela de l’intérieur d’une pièce et pourtant……… ! La prévenance, cette curiosité vigilante à observer, à contempler , non pas pour voir, mais pour être , est un outil merveilleux ! Nos sens ont cette générosité, nous proposant d’accueillir l’émotion sans artifice, sans contraintes ! Oser cela, c’est apprendre à mettre un pied devant l’autre humblement pour être meilleur un peu plus !

 

– Madame est servie ! Guillaume de sa voix de baryton lança « les hostilités » !

 

Nous étions douze à table, quelques membres de la famille s’étaient joints à nous , provoquant plan de table , vaisselle de porcelaine, verres en cristal de Bohème…. et repas interminable ! Père présidait en bout de table, à ses cotés Mère sur la droite et tante Éléonore sur la gauche. A l’autre extrémité, les enfants plus petits avaient pris place, leurs bavardages s’étaient, soudain tus, leurs regards fascinés par ces timbales d’argent étincelantes portant leurs prénoms. Jusqu’à nos dix ans, une timbale d’argent gravée à notre nom, nous était offerte, témoins de notre enfance, de notre innocence ! Mére m’expliqua, qu’elle voulait ainsi souligner l’importance de chacun au sein de la famille . Mère fit un geste, discret, de la main, Guillaume commença le service. Entrée froide, entrée chaude, plats en sauce et volaille , légumes de saison, un défilé bien ordonné , plus fait pour impressionner, que pour éveiller les papilles !

Les discussions étaient faites de mots s’emmêlant en tous sens, de rires contenus et de mastications plus ou moins bruyantes . Nous parlions en face à face, de coté , en parallèle ou en biais ,accompagné d’un concert étrange de couverts et verres. Un joyeux tintamarre que Père ponctuait de sa voix roque quand il était un peu bruyant ou que le sujet l’interpellait . Le déjeuner terminé, certains attendent, déjà le goûter, d’autres errent en quête du meilleure fauteuil qui accueillera leurs siestes ! Quand à Tante Éléonore, elle quitta la pièce rouge de honte, après « un bruit de gorge » suivi d’un pet fâcheux, preuves involontaires de sa gourmandise, d’un début de digestion . J’en ris , encore, de la voir déserter les lieux de la sorte . Nous ne la reverrons, suite à cet incident , oh combien naturel ,qu’en début de soirée, s’excusant encore et encore de son inconvenance Clémence et Sophie mes cousines, jumelles de surcroît, se sont endormies sur le canapé, une poupée dans les bras. Je souris les voyant apaisées, leurs robes de dentelles , tachées ici et là de sauces et de crème patissiére.

Père s’est retiré dans son bureau pour mettre de l’ordre à ses affaires . Je le devine déboutonnant son col de chemise tout en griffonnant ordres et mémos pour les jours à venir. Il a du se faire servir un alcool et allumer un cigare , une habitude plus qu’un plaisir . Mère brode nerveusement, dans le salon ,traduisant par des murmures ,qu’elle seule comprend, son impatience de pouvoir prendre le frais dans le jardin .Pour cela et par convenances, il fallait qu’elle fut accompagnée. Mais au vues de l’état de la tablé , les propositions se faisaient attendre d’où cet agacement !

Du charme du moment, je goûtais la simplicité ! L’instant est fait de ces surprises sur nous mêmes, de ces solitudes détachées se risquant à une attention particulière !

Observer cela ! Non, dessiner le, humblement, en pensées bienveillantes pour en apprendre chaque couleurs avec authenticité et sincérité !

Manque à ce tableau, Marie-Louise ! En quelques minutes, discrètement, elle s’isole ! C’est dans la bibliothèque, que nous retrouvons en un silence monacal , une grande pièce rectangulaire avec une entrée presque secrète, sur trois de ses murs, un meuble bas d’un seul tenant,supportant un ensemble d’étagées, frôlant le plafond . Sur chaque niveau de hauteurs inégales, en rangs serrés, nombre de livres , traitant des sujets les plus divers, guettaient entre ombres et lumières, l‘esprit curieux qui osera les saisir. Un bureau, quatre fauteuils, quelques bibelots et tableaux complètent le décor . Une atmosphère tranquille, lumineuse où le silence, la paix s’impose comme une évidence !.

Pendant que je parcours quelques philosophes questionnants et inquiétants, elle entame son rituel. Sur l’écritoire préalablement débarrassé, elle s’installe en liberté , en sa liberté! Elle pose son carnet de Moleskine sur la droite, puis quelques feuilles blanches au centre, une bouteille d’encre noire sur la gauche et enfin son plumier ! Oh ! Il ne s’agit pas de cette plume d’oie grattant autant le papier que le nez , mais d’une plume de fer , de forme triangulaire, une petite boule en sa pointe, le tout monté sur un simple morceau de bois !

– «  je n’ai nul besoin du plus bel outil ! Disait elle, mais d’un outil modeste. Sa modestie me transmet l’humilité des mots forte, fragile entre virgule et point d’exclamations! Les mots n’ont de sens qu’en cette vérité, non celle que l’on invente pour nous faire plaisir, mais celle qui s’additionne lettre par lettre, mot à mot en une succession de visions, d’observations authentiques, pures, impartiales.»

A la regarder, il y a , là, une force particulière. Ces gestes sont absents, les murs frissonnent ,les choses sont comme figées. Moi-même, je sens ma respiration, mes pensées s’évanouir! Soudain, les secondes ralentissent le pas, comme pour donner l’exemple . Le silence, déjà bien présent, se fait plus discret encore. l’instant s’abreuve de tout cela, l’addition des mots , de ses mots peut commencer ! L’étonnant côtoie l’évidence, l’absurde défie la sagesse ! Le temps se tait, laissant l’arabesque d’une lettre s’épanouir en un instant magique !

D’un geste lent et précis, Marie-Louise dirige sa plume vers l’encrier. Celle-ci plongera au tiers de sa hauteur, ni plus ni moins, lui évitant, ainsi tous dérapages d’encre involontaires et des pleins ayant de l’embonpoint ! Méthode enseignée par Sœur Geneviève , elle même «  taquinait » le verbe entre deux prières ! Mais , cassant l’harmonie du lieu, de cette respiration commune, Marie-Louise d’une voix défaite s’écria stupéfaite :…..

– Ma plume est sèche ?!!!!

Deuxième essai !

– Effectivement, ma plume est sèche !

Après vérification, il s’avère que l’encrier est vide! Marie-Louise s’écarte du bureau , ouvre le tiroir central, pour y prendre sa bouteille d’encre de réserve .

– Diantre ! Je suis maudite ! Elle aussi est vide !!!!!

 

Une étrange émotion se lit, soudain, sur son visage ! Plus l’énigmatique mystère de ses bouteilles d’encre vides s’emparait de son esprit, plus sa lucidité se diluait dans l’irraison. Entre incompréhension et désespoir, chacun de ses traits, de son regard perdu à ses joues rougissantes traduisait le passage d’un constat inconcevable à une colère muette . Il y avait , surtout, pour moi spectateur, l’absence de bon sens et de réflexion.

L’instant devint, alors, ignorant !

 

C’est à Élias ,qu’avec l’humble respect de l’apprenti et sa permission, je laisse la conclusion. Lors de nos discussions, il n’a de cesse de me répéter :

– C’est dans l’instant que nous sommes égoïste ou généreux, dans l’instant que notre haine surpasse l’affection, dans l’instant également que s’étale notre vanité écartant l’humilité naturel de notre esprit ! Accueillir la joie, la compassion, nous accueillir nous mêmes tel que nous sommes, se détacher du regard de l’autre c’est combler l’abîme entre nous et l’instant! Notre vraie nature n’est pas autre chose qu’un instant pur qui n’est déjà plus ! Oser, avec lui, côtoyer le bonheur est un défi !

 

 

Philippe De Frémontpré

( Au delà de l’innocence!)

Photo de VB

L’empreinte

 

 

 

 

 

 » Un corps paisible n’est pas un esprit absent, quand l’amour a été son chemin ! » Elias

Cette réflexion, face à la mort, prend tout son sens, si on ose, en l’instant la véritable compassion !

L’intime est un lien unique avec celles et ceux qui jalonnent notre route. Certaines, certains seront plus précieux que d’autres, mais il est en le profond de notre profond, cette noble vérité : En cette vie, le meilleure n’est pas un souvenir, mais un acte propageant une onde bienveillante à l’infini ! C’est sa compréhension, son ressenti en notre esprit qui nous fait grandir, laissant plus vivace encore l’empreinte des pas de celui qui s’éloigne !

Que le bonheur vous guide ! Prenez soin de vous, surtout !

Aimer

 

 

Mon cher Philippe,mon cher frère,

Tes lettres se font rares. André, ne m’apportes plus que les journaux du matin. Nos échanges entre nos lignes me manquent, terriblement .Je te sais si loin, mais heureux, c’est un essentiel qui m’importe , tu le sais !

Dans ta dernière correspondance, tu m’as soumis les mots  d’Ayako, qui je te l’avoue m’ont surpris et dont je ne retiens, en dehors d’autres circonstances que ceci :

– je ne peux dessiner tout mon amour pour vous Philippe, sans comprendre la souffrance de mon pinceau !

 

Voici ma réflexion, mon frère ! Mais, ai je le recul, le renoncement nécessaire pour vous parler de cela ?
Aimer !

Quelques lettres que nous cotoyons chaque jour , pour ne pas dire chaque seconde ! Bien souvent, nous les dessinons maladroitement, par ignorance, par égoïsme, par peur. Pourtant, sommes nous capables d’ignorer ce mot, cet état, cette émotion………………………….cette souffrance ?!

Notre apprentissage commence par «  ce don d’amour » celui de la vie , celui d’une mère, celui de parents, de proches , nous y trouvons confort et réconfort comme une normalité. Nous ne nous posons pas , alors, de questions ! Pourquoi faire d’ailleurs ?! On prend tout cela sans savoir qu’en faire ! Il y a, là, un sentiment simple, un bien être, un luxe que nous ne percevons pas ou pas bien !

Les secondes s’additionnent, les choses et les etres changent, évoluent, se transforment. Ce qui était apparent , visible, offert ne nous suffit plus, ne nous atteint plus, devenant pesant, agaçant …….La simplicité fait place à l’exigence, cette « normalité » devient grotesque ! Réaction naïve, non réfléchie cultivant en sa nocivité, bien des tourments !

Il nous faut prendre la plume pour un autre dessin, d’autres arabesques. Nos éducations, nos expériences, nos initiations, nos mémoires confrontées à notre égo engendrent un besoin forcené d’appartenir à l’autre, d’attacher l’autre à notre émotion, à cet amour qui n’en est pas un, en l’état ! Le comprendre n’est pas un jeu, l’apprendre …..une évidence !

L’évidence est souvent de chair et sang, de sourires parfumés, de regards hesitants et de baisers volés ! On ne s’approprie pas l’amour comme un bien personnel ! On s’abreuve de cette évidence, on s’initie à l’autre sans l’éteindre sans s’éteindre soi même ! Aimer est un abandon, un détachement, mais aussi des retrouvailles en nos vraies natures !

 

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Au delà de l’innocence

( extrait)

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