Archives pour juillet, 2011

Une nuit à Kartoum

Une nuit à Kartoum.


Sans véritable plan de la ville, je marchais, marchais encore, en espérant que ma bonne étoile, m’indiquerait le meilleure des chemins. Les heures passèrent l’une après l’autre, insensibles, me sembla t il, à ma quête, pour ne pas dire mon désarroi. Tant qu’il resta un peu de lumière, je refis, à l’envers mon parcours où plutôt, je crus le refaire…. Le soir tombant, chaque pan de mur, chaque fenêtre, chaque pierre, chaque fontaine abuse l’étranger, en lui offrant la similitude des formes et des couleurs.


Les passants s’évanouissaient au fur et à mesure de l’avancée de la nuit. Les échoppes rangeaient leurs étales comme l’on ferme une boite, dans un ordre précis, sachant attendre le dernier client pour faire leurs comptes. Posant, son alêne à petits points, un cordonnier terminait une commande d’un coup de marteau sec et précis. Je passais, ainsi, de l’étouffement suffoquant d’une fourmilière bruyante à la furtive rencontre, que dis-je, au croisement apeuré de deux silhouettes.


Je me retrouvais  dans une ruelle sombre, où la poussière du jour était à peine retombée. Il y avait dans l’air un mélange d’épices et de fin de journée, une odeur particulière où l’on sent venir le sommeil, une étrange transition qui doit être mijotée , pour humer toutes les saveurs d’un repos attendu. Dans leurs maisons de terre séchée, quelques âmes s’adonnant aux plaisirs du souper, n’osaient rompre le silence, par une mastication un peu bruyante. Chacun prenait son temps, ignorant la minute écoulée pour savourer, pleinement, celle qui se présentait. Les mots avaient désertés la tablée apaisant l’esprit, laissant le corps se détendre à sa convenance. Puis, viendrait ce moment où l’on ne fait rien et l’on parle de tout. Ce moment éphémère où tout est à sa place.


Sans véritable éclairage que celui d’une frêle lanterne franchissant timidement une porte mal fermée, il me fallait être vigilant pas à pas, tâtonner du bout du pied la terre, y déceler creux et bosse, afin d’éviter la chute. Le sol témoignait d’allers et venues incessants et l’on entendait presque, les négociations enflammées autour de quelques mètres d’étoffes, la chanson du porteur d’eau , les bavardages des femmes, le piétinement des chevaux. La lune me taquinait, dessinant çà et là des ombres, parfois fort surprenantes. Malgré, le précieux de l’instant, le charme magique de l’heure, Il me fallait me rendre à l’évidence, affronter une véritable honte, me résigner au ridicule : j’étais perdu !!


M’arrêter au prochain carrefour, faire le point, me sembla une idée raisonnable. Mais, comment s’orienter en pleine obscurité, là où les contours n’en sont plus, où la pénombre s’amuse sans précautions, où l’opacité ajoute au mystère de l’inconnu ? Assis, sur ce qui me paraissait le bord d’un trottoir, j’attendais une réponse , même partielle, à cette question. Soudain, je vis naitre et s’allonger mon ombre. Derrière moi une porte s’ouvrait !……………


Philippe De Frémontpré
( Au delà de l’innocence )

La pluie


Il pleut !



De ma fenêtre, un ciel gris dessine, comme de grands traits de pluie. Suivant l’humeur du vent, ils sont droits bien rangés ou se penchent en désordre. Sur le petit chemin de cailloux, un torrent jaillit, entrainant en ses flots feuilles, branchages et détritus. Les couleurs se noient, les arbres dégoulinent, quelques rares oiseaux, à tire d’ailes cherchent un abri. Malgré la violence, soudaine, de l’averse, tout semble serein, apaisé comme en attente. Le silence a cette odeur d’herbe mouillée, de feuillage trempé et l’air, une saveur particulière, presque visible comme montant de la terre.


J’entends claquer sur les tuiles plates, les gouttes d’eau, à les compter une à une. Elles s’affolent, parfois, à revoir le calcul, se font sourdes, lourdes heurtant la vitre en rafales, comme pour me demander toute mon attention.


Accrochées à leurs parapluie, quelques silhouettes forcent le passage. Le pas pressé, la tête dans les épaules, elles scrutent le vent, étudient le terrain. Marcher sous des trombes d’eau est du domaine du sport, que dis je , c’est un art ! Une bourrasque sournoise s’engouffrant sous le pépin, le retournant, anéantissant l’idée même de garder la tète au sec. Une flaque d’eau invisible, sur ce chemin, mille fois emprunté, apparaissant, disparaissant au gré des ruisseaux se formant ici où là. L’attention n’étant pas multiple, le pied, soudain s’enfonce et «  boit la tasse » ! Mille pièges attendent les courageux s’aventurant sous l’ondée, quelques jurons transpercent le calme, on sait, alors qu’il y a encore une victime….trempée, cela va de soi !


Les choses sont si simples ! Il suffit de s’assoir, de regarder ! Cela, semble banale ? Certes !

Mais notre époque perd cette faculté de s’assoir et de regarder. Nous nous inventons des difficultés, croyant que cela nous aide à vivre. Un sage de mes amis me dit un jour : «  La complexité nous offre bien des raisons de souffrir, il y a dans la simplicité une réponse : le bonheur ! »

S’assoir et regarder n’est pas un acte passif, mais un moment de respect et de réflexion. Il suffit, alors, de transformer cela en intentions et actes justes.


Philippe De Frémontpré

( Au delà de l’innocence )

Rencontre.

Rencontre .

Philippe débarque à Tokyo, pour y conclure, à la demande de son père quelques affaires.

Il y découvrira, étrangement, Ayako et n’aura plus d’yeux que pour elle !


Prés de la fontaine, où jaillit l’eau de la terre, sur ces pierres grises, froides et humides, elle était assise, le regard absent. Il y avait, dans ses yeux, cette crainte, vous rendant immobile, transparente, en dehors du temps. L’enveloppe était là, mais l’ esprit fuyait peu à peu.

Habillée d’une robe blanche au décolleté de dentelles fines, elle devait avoir cette élégance naturelle, n’ayant besoin de nul superflus, pour que l’on tourne la tête.

Le clapotis de l’eau se fit sourd, lointain, l’oiseau sur sa branche se tue, le vent devint discret. Les nuages cachèrent le soleil. Tout devint différent effacé, pudique. La nature, changea ses atours, affligée qu’elle était, devant tant de tristesse. Sa peau frissonnait, le temps renonça à l’agréable, comme navré de ce qu’il voyait………………………..


Le teint pale, la main tremblante, accrochée à une étoffe de couleurs vives, son corps était dans l’incapacité d’un geste, d’un pas, d’une larme. Rien ne semblait être plus important, que ce morceau de tissu. Ces doigts crispés sur ce carré de textile déchiré, étaient rougis par une force douloureuse l’empêchant qu’il ne lui échappe. Il y avait là, un contraste saisissant entre cet état d’abattement et la violence de cette main fermée. Je ne savais que faire, que dire ! Cette image figée, prés de moi, il me fallait la ramener avant qu’elle ne sombre………………


Mais, qui suis je pour cela ? Dois-je partager cette souffrance pour mieux la comprendre, mieux la défier ? Dois-je entrer, dans une vie qui ne m’appartient pas, dans cette vie qui s’évapore ?

Ai-je le temps de cette réflexion, ai je le temps de l’acte juste ? Tant de questions et devant moi, une souffrance réelle !…………………

Ayako, c’est comme cela que je vous vis la première fois.

Ces questions, je vous les ai posées, et j’en suis fort heureux. J’ai pris le temps d’entrer dans vos rêves, vos inquiétudes et d’y faire, avec vous, réponses simples et tendres…………….


Philippe De Frémontpré

( Au delà de l’innocence )

Matin……….

Matin !


Par un petit matin,

Un matin en chagrins,

Où le ciel nuageux,

Peine à ouvrir les yeux.

J’allais, sans retenue,

Sur les pavés d’la rue,

Pianotant de ci, de là,

Une note à chaque pas.

C’est une chanson,

Sans prétentions,

Juste un p’tit air,

Bien éphémère,

Comme un coup vent

Qui passe un temps,

En les boulevards,

Croisant les couches tard !!!

Avant que les gens

N’envahissent les rues,

En bruit déferlent,

En une vague perdue,

Avant que ne filent,

Les odeurs de fournil,

Aux confins des étoiles,

Chassées par le gasoil,

Avant que les persiennes

Ne grincent à l’ancienne,

Comme baillant,

Au jour levant,

Avant tout cela,

Je respire le silence,

Je croise un chat,

Le regard en transparence.

Je marche sans courir,

La plume, prête à écrire,

Au cas où,

Un mot deviendrait fou !

Fou de liberté,

Cherchant le sept,

De la rue Beauté,

Contant fleurettes,

A un poème,

pour un seul je t’aime » !


Vincent

Chanson à Marie-Lou .

Chanson à Marie-Lou .


Tressant une corde de haine,

Pour une parcelle vilaine,

D’un pouvoir ignorant,

La course, même, du vent !


Voyez, braves gens,

Les ravages de l’argent,

Payez moi d’un sourire

Je vous rendrai un soupir !


Oubliant les saisons,

De Pâques aux tisons,

Une ombre sans chaleur,

Maquille leurs peurs !


Voyez braves gens,

A Courir contre le temps…..

Laissez le sablier,

Doucement vous emmenez !


Vieillissant, un peu bancale,

Dans un décor triste, pale,

Ne servant plus à rien,

Les loups n’ont plus faim !


Voyez, braves gens,

La bête sans dents,

Accordez à ma chanson,

Un couplet, un horizon.


Je pense, soudain, à Marie-Lou,

A ce baiser dans le cou,

A sa main dans ma main,

A nos yeux vers demain…….


Voyez, braves gens,

Il y a mariage au printemps,

Sans autres invités

Que vous et le monde entier.


Je n’ai que peu de monnaie,

Quelques brindilles dans la cheminée,

Mais mon cœur est ardent,

Mon amour servant !


Vois tu, Marie-Lou,

Je suis riche, sans un sou,

Chaque jour, je dessine tes rires,

Pour le meilleur et jetant le pire !



Vincent

Questions ?



Questions .


Sur les traits d’un paysage,

J’y dépose mes couleurs,

Le rouge pour une fleur,

Le blanc pour un nuage…..


Faut il être barbouilleur,

Sur rideau refermé,

Y traduire comme un leurre,

Une image enchantée ?


Sur un chemin d’ennuis,

J’avançais par temps de pluie.

Au croisé des routes,

Je me plante en un doute !


Faut il être marin,

Et affronter chagrins,

Sur des mers un peu folles,

Un horizon sans paroles ?


J’entends le monde,

En souffrance à chaque seconde,

Comme un tic-tac familier,

Qu’importe les humiliés !


Faut il être empereur,

Prince ou mécréant,

Pour changer en bonheur,

Un clin d’œil du temps ?


Oh, pardon, je vous dérange !

Je retourne en silence,

Regarder ce curieux mélange,

D’illusions, d’intolérance !


Vincent

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