Il était une fois…….

Définition : Porte imaginaire franchie sans effrois, car l’on sait la fin heureuse……… inévitablement… ? !!!



Ce ne sont que des mots, une certaine étrangeté dans leurs sonorités, un enchainement de rêves en une trame simple. Mais, il y a dans le jeu des apparences, l’atout de l’imprévu, du surprenant, du magique ! Un monde peint avec nos songes, nos souhaits, nos fantasmes, nos espérances, comme un besoin d’autre chose! Un voyage, le temps d’une lecture, où une douce folie s’adresse à nous, et chuchote «  Ose ! Ose ! Être est cette addition !» Addition d’ imaginaires infinis, de craintes enfouies, d’ espoirs anéantis, d’aspirations en devenir, de bonté éternelle. Ces premières lignes plantant le décor paraitront banales , déjà entendues. . Peu importe ! L’indifférence est une porte que l’on ferme ! Ouvrir son cœur, son esprit, c’est concevoir que tout est différent, mais accessible à celui qui accepte l’impermanence de toute chose et la nécessité de l’altruisme. Qu’importe le lieu commun, l’habitude détourne nos chemins. Le soleil se levant, est certes répétitif, mais l’événement est à la fois unique, humble et exceptionnel . Le lieu, non pas en tant que point géographique, mais de moment éphémère sait qu’il renaitra , mystérieux, distinct et neuf. Peu d’entre les hommes ont cette connaissance, cette netteté visible dans leurs actes, dans leurs pensées. Trop, n’ont pas fait l’effort de l’abandon de l’égo, de ce regard, de cette apprentissage de soi. Trop, également ont ou ont été amputé d’une part de vie, les coupant d’un lien constitutif de leur histoire. Ils n’ont d’autres choix que de s’apitoyer, de s’enivrer de haine où d’écouter en eux !


Il est à l’age où le temps ravage tout. Le jour, la nuit, l’amour, l’amitié, les certitudes, les habitudes ne sont que brumes s’attardant avant de disparaître. Perturbant les pensées, l’oubli ricane, le doute ironise, l’indécence se mêle à l’humilité, l’altruisme se dilue en perversions. Des tempêtes sourdes, dévastatrices s’insinuent en d’étranges paysages qui n’en sont pas moins ordinaires et sournoises. Le quotidien s’abandonne à l’Effrayant en un questionnement qui n’est plus, en une réponse résignée ! N’osant le simple, de peur de faillir, il se contente de suivre, déguisant des gestes inventés, imaginant une croyance logique, sur un fil d’équilibriste. Le trait devient tremblant, cherchant l’assurance en pointillé. Le regard s’absente, trop loin sans comprendre, la voix hésite, trop prés sans apprendre. Le moment est autre, ni le suivant, ni le précédent, égaré, perdu sans réelle dimension. Il est, en conscience ce néant, hurlant en silence, cette peur qu’il ne peut identifier. Il appréhende la minute, en quête de repères, encore existants. Il se nourrit du flou, d’ombres vaporeuses, témoins de ce qui est , de ce qui fut! Il attache ses pas à « un peu être », le hasard l’ayant fuit au détour d’une question. Ses mots, comme autant d’ancres plantées dans ses souvenirs, lui permettent encore d’accoster sur des rives où parfois, il trouve le repos. Le temps grignote les images peintes en sa mémoire, une à une, elles quittent le bord, s’éloignant sans regrets d’un esprit à la dérive.


Une seule chose lui apparaît vérité immuable : le chemin et le marcheur ne font qu’un ! Chaque pas posé sur la route, façonné par nos choix, nos passions, nos souffrances dessine un tracé que nul ne connait à l’avance. Il lui fallait remonter ce sentier, retrouver la source de sa vie, lui donner un sens, s’affranchir du mensonge , pas à pas périlleux , sans doute, mais capital! En ouvrant cette blessure, il affronterai une réalité obscure , anonyme, une réalité enfouie, soumise à l’invisible allégeance, à l’angoissant piège de la quête.


Il s’assit, ferma les yeux, respirant lentement et fit demi tour….. ! Plongeant dans l’impénétrable, il franchit l’interdit, discrédite les faux acquis, s’en remet à l’épreuve de la connaissance. Son corps , son esprit se ferment, deviennent inaccessibles. Il emprunte le labyrinthe des mémoires éteintes, des voyages effacés, s’éveillant, ainsi, à sa véritable identité. Étonnamment, il est en paix , presque majestueux dans sa réflexion. N’ayant comme bagages que sa naïve indulgence, il sourit, ouvre son carnet et commence à écrire. De sa plume, il arrache au papier ce dont on l’avait privé, ce maillon manquant, cette part de lumière indispensable…..essentielle !!


La province, à la fin du siècle dernier, une sous préfecture comme tant d’autre. De vielles façades cossues et sages, à l’architecture inexplicable, des bâtiments publics pompeux et froids, quelques rues pavées, une grand’ place orgueilleuse où seules, les civilités des passants brisent un silence bercé par une brise chaude. Un ciel bleu généreux , ardent et un peu curieux, organise , au son des cloches de l’église les allées et venues, les jours de marché, les fêtes champêtres, les mariages et les enterrements. Une ville paisible , sur les bords de la Sabelle , bâtie aux pieds du château De Frémontpré, bâtisse imposante , aux lignes simples et pures. Ces pierres blanches lui donnent un éclat particulier, que l’on ressent discret, là-bas au delà du haut portail. Le soleil murie les blés, les pluies d’automne nourrissent la terre. Chaque nouvelle saison est plus belle, apprivoisant le temps, savourant les couleurs.. Ici, les pierres racontent, le vent bouscule, les champs, les talus , les forets espionnent, charment, envoutent. La cité regarde passer les nuages où l’on devine, petites histoires, petites habitudes, petites joies et petites tragédies en un dégradé de gris, en une gamme de bleu. On y retrouve les trois acteurs de l’ordre. Le savoir, le spirituel, l’administratif . Le maitre d’école déjeune avec le maire , enflammant les diners de culture , de politique, tout en adressant quelques sourires à la jeune et belle fille de la maison. Le curé, confesseur de ces Dames sourit dans ses promenades en levant les yeux au ciel puis ouvre bien vite son bréviaire pour avoir d’autres pensées. Le premier citoyen , en ce jour de foire, ripaille sans mesure, promettant bonheur et prospérité à une populace incrédule. Sous ce couvert commun et rassurant, un autre monde exerce son droit. Une autorité, sans concessions, assise par l’Empire, confortée par l’église.Malgré les révolutions, Charles-Frédéric De Frémontpré, Comte d’Artigones, est salué à chaque sortie. Un salut, où se mêle respect, crainte et cette hypocrite envie de plaire. Il est le pouvoir ! Ce pouvoir, enraciné dans les esprits, octroyant une parcelle de terres, autorisant une union, bannissant l’indésirable, condamnant le rebelle. Ce pouvoir subjectif et geôlier, mais aussi, quelque part rassurant. Après un bon repas, après une ballade entre amis, après un verre à la taverne, on regarde toujours le château, avec ce sentiment étrange, à la fois anesthésiant et terrifiant, confortable et méprisant.


Donc, il était une fois, par une nuit de Mai, sur les marches du couvent des bénédictines, sans message, sans indice, un panier d’osier déposé. Un nouveau-né emmailloté à la hâte , s’agitait un peu. Un petit enfant nait entre ici et ailleurs. Fruit d’un amour impossible, d’une aventure sans lendemain  où de trop de misère ? À l’heure, où commence cette histoire cette question est de peu d’intérêts. Mais, derrière les murs de la ville, quelqu’un s’arrangerait , certainement avec Dieu, mais il est moins sur qu’il y parvienne avec lui-même. Il est des gestes guidés par les circonstances, que le temps n’oublie pas!

Il ne pleurait pas . A intervalle régulier, il se faisait les poumons, si fort qu’il en devenait rouge vif. Dans la ruelle sombre, ces cris résonnèrent un long moment avant de s’évanouir là-bas prés de l’octroi. Les pavés avaient ces reflets mouillés des lampes faisant ce qu’elles pouvaient pour éclairer le bout de leurs pieds. A de rares fenêtres, vacillait une lumière jaune, discrète, là un artisan finissait une commande, ici une plume fatiguée tentait un roman. Ces cris déchirant les silence restaient sans réponse, sans même une pointe de curiosité ! La porte s’ouvrit, l’enfant disparut dans les bras de Sœur Madeleine….. Dans quelques heures finirait ce jour, indéfinissable de la Saint Philippe !


Philippe De Frémontpré

( Au delà de l’innocence ! )