Les arbres !

( ou réflexion sur religion et esprit critique )

Les arbres, ballotés par le vent, ont ce bruit particulier du papier que l’on chiffonne. Chaque feuille, en d’étranges pliages, tente, à chaque bourrasque, un envol. Cherchent-elles une liberté au-delà des cimes ? La saison n’est pas, encore, au voyage, il faut encore parader sur les branches des grands chênes. Sur un sentier, à peine dessiné, quelques aventurières perdent leurs couleurs entre les fougères, des fourmis de passage découpent consciencieusement celles encore verte, à peine tombées.

Il y a là, un équilibre, n’étant pas un hasard, mais une source de vérité. Anticiper un devenir est une faute. L’impermanence ne s’explique pas. Elle est en toute chose comme une règle éternelle. La souffrance est faite d’actes volontaires dictés par le conscient, l’éphémère n’ayant d’autres sources que le faux, l’illusion, la stupidité. S’inféoder à une pensée, n’est pas autre chose qu’un esclavage intellectuel.

Le religieux en est un parfait exemple. Prenons comme base, la Bible, le Coran, la Torah, tout cela n’est qu’un cheminement intellectuel composant de l’existence d’un être suprême, nous laissant en héritage des routes probables menant au bonheur. Ces textes n’ont pour but que de tendre à la réflexion, à une conduite partagée, tout en restant de l’ordre de l’intime. L’intimité s’interdit l’influence, s’autorise, toujours une autre question. L’union de l’humilité et du questionnement est l’acte suprême du juste équilibre. Mais comme dans bien d’autres matières, l’homme se sent dans l’obligation de devenir propriétaire et d’interpréter le sens profond de ces textes. Trop souvent, cette interprétation ne se fonde pas sur l’altruisme inhérent au fondement de ces pensées, mais à l’intérêt cupide du pouvoir où de la conquête forcené des esprits. L’équilibre se voit, alors rompu ! On peut, d’ailleurs, constaté, que les discours de «  ces propriétaires et interprètes » s’adressent majoritairement, à une population en déséquilibre. Matériellement ou dans l’apprentissage de la pensée, elles sont vulnérables, donc, prêtes à se soumettre au premier faux prophète venu. Plus inquiétant, est cette force de conviction émise par le déséquilibre de leurs croyances dictées. C’est une façon hypocrite de remettre entre les mains du divin, les actions, les agissements, passés, présents, à venir, n’étant le fait que du choix de l’homme et de demander grâce pour toutes les conséquences qu’il n’assumera pas ou reportera sur l’autre ! Une phrase commune à tous ces pratiquants est « Si Dieu le veut ! » Dieu, transmet-il son accord pour chacun de nos gestes, de nos choix ? Sommes-nous soumis à une décision divine à chaque minute de notre existence ? Preuve, s’il en est d’une vassalité aveugle, d’une certitude débitrice, d’une oppression cultuelle annihilant tout esprit critique. Croire n’est pas accepter, mais questionner !

Dans chacune de ces conceptions spirituelles, un aspect fondamental fait l’objet de nombreux chapitres : la Tolérance. Tous s’y réfèrent, tous s’enflamment à l’énoncé de ce mot, en de longues tirades démonstratives, il s’avère être la clef de voute de leurs chants, de leurs prières. Mais qu’en est-il exactement dans les faits ? Le respect des opinions, des libertés d’autrui et au-delà, le respect des différences n’est-il pas, au travers de ces commentateurs avisés, qu’un vœu pieux ? Cela pourrait se résumer par : «  Ma différence prévôt sur la tienne ! » Comme une certaine idée totalitaire du respect ! Bien des conflits sont nés de la conception d’une vérité commentée par les adorateurs de la haine, ces amnésiques de la vraie compassion. On ne peut vivre dans la crainte divine, mais dans l’acceptation totale de l’autre !

L’oiseau ne peut voler avec une pierre à la patte, il en va de même si l’attachement à une doctrine n’est qu’une chaine et nous immobilise. Prendre possession de notre corps, de notre cerveau, de notre monde, c’est saisir les phénomènes extérieurs pour mieux influer sur notre moi intime ! Là est un palier de l’ignorance insidieuse, où l’on croit apprendre en entrant en une souffrance motivée. Cette souffrance nait d’une perturbation mentale, d’une certitude spirituelle liée au matériel. L’esprit nous permet de ne pas être prisonnier du matériel, distinguant nos états paisibles et ceux qui le sont pas. L’apprentissage de la connaissance identifie, réduit voir élimine nos souffrances pour atteindre la paix intérieure. Cette paix intérieure est l’état indispensable à une vision juste, nous détournant des apparences sur la route de la nature réelle des choses. Si, nous réservons notre compassion à ceux partageant la même forme de croyance, nous nous éloignons de la vérité ultime. L’acte de compassion ne peut être un acte vrai s’il ne s’adresse pas aussi à l’inconnu, à cette personne qui nous semble désagréable.

La croyance soumise est, en somme, passive et peu réfléchie, comme un besoin d’être rassurer. L’intelligence s’y endort par paresse. Elle s’exerce, souvent dans la dualité donc elle peut être une source de souffrances acceptées et confortables. L’esprit critique est un apprentissage au quotidien où en permanence l’étonnement est vivant, la curiosité continuelle.

Philippe De Frémontpré

( Au-delà de l’innocence )