Archives pour décembre, 2012

Une autre réalité






Une autre réalité



Je dessine, en rêves, mon pays sous le vent.

Il y neige, parfois, au printemps.

Les montagnes se noient dans un ciel profond,

Le soleil tiédit la terre et craquèle la peau.

Rocailles, et herbes rases, s’abreuvent au ruisseau,

Dans l’eau claire, on y voit l’horizon.

Les chemins s’absentent au détour d’un rocher,

Sans guide, le pied ne sait où se poser !

On y respire une paix, chaque jour renouvelée.

La quiétude faite de collines et de vallées,

Enlace le voyageur, accompagne son pas.

De forets en plaine, des fleuves aux sources,

Rien ne laisse l’œil las.




J’arpente, en rêves, mon pays sous le vent.

Usant godillots en mots additionnés,

A tordre une virgule, un point en hurlant,

A sentir la terre au bout d’une phrase envolée.

Que de paysages assoiffés de tendresse,

Que de nuits en une étrange paresse,

Qu’une plume sur un page blanche

A l’encre de la Lune, sourit et s’épanche.

Les étoiles papotent et s’éparpillent,

En un silence grandiose où les nuages vacillent.

La peur , soudain, disparaît,

Reste l’aquarelle d’une autre réalité !



Philippe De Frémontpré

( Au delà de l’innocence )

Gravir quelques marches, oser affronter le temps en laissant au fond d’un vieux tiroir son impatience.

Il n’est nul question de querelles, mais d’un regard différent sur les choses et les gens. Chaque interrogation s’approprie sa réponse, non en fonction d’une logique calculée, mais de l(humilité de sa formulation.

Trop d’irréfléchis s’appliquent à une rédaction qui n’est, bien souvent, qu’une justification partielle, partiale en dehors de tout équilibre. Elle est, aussi dans bien des cas, fortement imbibée de souffrances, de ressentis passés, troublant par le fait l’harmonie de la pensée. La justesse d’un propos doit s’affranchir de tout attachement. L’attachement n’est qu’un apriori, une vision tronquée.

La réflexion s’en trouve altérée, elle s’interdit l’investissement global de l’esprit dans la compréhension et reste aux portes de la connaissance. Le cheminement du raisonnement est simple . Il se construit avec un regard pondéré où chaque acte a une origine, qu’il est primordial d’appréhender et de comprendre. L’ importance de a retenue s’impose naturellement. Elle est le seuil de la compassion, forgeant l’image de la réalité. Savoir pénétrer dans cette humanité est un apprentissage offrant une vision sereine, humble et juste, propre à tout jugement véritable.

Bon nombre de discours se limitent à des constats relatant des faits sans autre forme de procès. Il est périlleux de circonscrire une pensée à une succession d’estampes, sans apprécier le pinceau, les couleurs et le paysage. Il y a dans le silence ( méditation) les réponses aux questions que l’on n’ose se poser !

Philippe De Frémontpré

( Au delà de l’innocence )

au fil de l’eau ( suite )



Il état là, à même le pont. Il devait avoir une quinzaine d’années , tout au plus. Vêtu d’un kesa de couleur bordeaux, cousu d’une façon toute particulière , lui laissant les bras nus, il respirait peu, le dos droit, la tête haute , il semblait en dehors du décor. Assis en tailleur, il formait un ensemble étrange, non pas massif mais harmonieux, comme un triangle pointant le ciel.. Ses yeux clos étaient dans un hasard, quelque part , avec une expression de bien être que je lui enviais. La fraicheur de la nuit tombante, me fit frissonné, cela n’avait pas l’air de l’atteindre Je m’avançais silencieusement, intrigué par la posture et l’age de ce garçon. Soudain, il ouvrit les yeux et me dit :

  • Assis toi, mon ami, le silence me parle !

Je m’exécutais avec difficultés, essayant péniblement de copier sa position. Quelques longues secondes me furent nécessaires pour approcher ce croisement de jambes très inconfortable, J’essayais, néanmoins de rester digne , il eut un sourire  pour me dire :

    • l’oisillon met quelque temps à tenir debout , ne crois tu pas ?

Il eut un moment de flottement, je cherchai des mots, savamment additionnés, pour répondre…

  • L’imitation ne peut être que maladroite, vouloir être à l’image n’est, certes pas, le meilleur des principes. !
  • – Je te sens assez fier de cette réplique me dit il !
  • Il n’y a pas de fierté dans mes propos, mais juste un bonheur de partager une pensée !
  • La fierté ne réside que dans le cœur de ceux qui partageant la souffrances des autres, s’abandonnent aux joies de l’humilité !

Allumant une bougie, il entreprit une prière en un langue inconnue. Son chant était apaisant, ni triste, ni gai, justes des sons s’éloignant dans le vent, pour atteindre je ne sais qui, je ne sais quoi !

  • Je dois te laisser mon ami ,d’autres taches m’attendent ! Je me permettrais un conseil.
  • Avant de t’assoir en tailleur, vide ton cœur, respire profondément et laisse ton esprit trouver en toi la compassion , ton corps la bonne position…….. !!!!

Il sourit, se leva , lentement et partit !

Il n’en fut pas de même pour moi. Avec peines et aux prix de douloureux efforts, je fus , enfin debout ! Cela n’était que peu de choses. Ces quelques mots, mais surtout cette présence, m’avaient bouleversé….

Au fil de l’eau ( 3éme partie )


Trois  groupes de personnes occupaient , ce qui ressemblait à un petit théâtre. Les gentlemen s, smoking noir, un verre  à la main,les militaires, uniformes impeccables, moustaches soignées, les lady’ robes écrues de dentelles fines, maquillages discrets.  Je m’avançais, me présentant à tous sombrement. Ma particule avait, étonnement, un effet décrispant, des sourires, de bons mots s’échangèrent. Mon  nom m’ouvrit la porte de ce petit monde embourgeoisé, dans cette certitude éternelle d’être à part, par le sang ou la fortune. Satbir me servit un jus de fruits , j’entrepris, alors une causerie banale et polie avec chacun d’eux.

Après quelques minutes de jacasseries mondaines, nous sommes passés à table. Un repas des plus simples. Une cuisine locale revisitée, un mélange subtilement dosé, d’art culinaire anglais et indien. Les saveurs, parfois étranges, ne laissaient pas ,nos papilles indifférentes,mais interrogatives quant à leurs compositions.  Shepherd’s pie côtoyant Curcuma, curry,coriandre, paprika est assez audacieux, mais quelque peu déroutant, voir explosif !Une question transpirait pendant ce souper : «  nos estomacs résisteraient ils ?» Ce n’est pas sans une certaine satisfaction que nous vîmes arrivés la fin de cette épreuve !

Nous nous retirâmes dans le salon. Les hommes allumèrent cigares ou cigarettes, accompagné d’un verre, servit sans mesure par Satbir, d’un vieux Cognac apaisant pour un temps le duel  entre ces aliments ingurgités et leurs ventres. Ces dames jouèrent de leurs sourires pour masquer ce désagrément et attirer quelques commérages, évitant , ainsi l’ennui.

Un peu en retrait, il me fut donner de suivre une conversation. Le sujet était, somme toute intéressant mais là n’était le plus important.  Une image me vint à l’esprit, deux joueurs d’échecs préparaient leur partie. Un  temps, l ‘échange fut courtois. Des phrases courtes, une gentillesse retenue, chacun mettait ses pièces en place et choisissait une tactique. Le premier coup joué, le ton changea ! Prendre l’ascendant devint une priorité pour l’un comma pour l’autre. Les décibels prennent le pas sur l’argumentaire, le moment de l’attaque était venu ! Chose étrange, les thèses ne s’apposaient guère, elles convergeaient plutôt ! Malgré cela, l’agressivité était visible, l’un torturant un magazine, l’autre croisant et décroissant les bras sans cesse, une nervosité grandissant, un tête à tête sans issue. Aux alentours, le silence se fit, comme une participation passive doublée d’une curiosité pernicieuse. Des rires moqueurs ponctuaient les dialogues, une main devant la bouche en excuse, en camouflage d’un quolibet malveillant. Je me permis, avec tact, d’interpeller les deux belligérants essayant en quelques mots d’exprimer mon ressenti, je pris pour cela une image, comment dirai-je «  fruitée! »

Vous êtes les deux moities d’une pomme ! Chaque moitié garde en lui une partie du cœur, une part de vérité. Mais ce partage, vous rend, étonnamment sourd. Attaché à un besoin incompréhensible d’affirmer vos pensées, persuadé de la valeur de  vos mots, pire croyant détenir une vérité éternelle, vous n’écoutez pas, vous ne construisez pas, vous ne cherchez pas en l’autre, ce que vous n’avez pas appris ou compris. Vous restez camper sur vos positions, ne pouvant être qu’imparfaites, puisque vous n’êtes qu’une demi pomme !

Sur ces paroles, je saluai assistance et quittai la pièce. Je sentis , derrière moi, un grand mutisme, signe possible d’une réflexion, d’un questionnement. Je regagnai ma cabine, pour relater sur mon carnet cet épisode avec quelques commentaires que je voulais raisonnables .


Philippe De Frémontpré

Au delà de l’innocence

Au fil de l’eau ( 2 éme partie )


Avançant vers la proue, je croisai, quelques passagers me saluant d’un étrange «  bonjour » poli mais perplexe. Je me plaçai à la pointe du navire, cet ébouriffant triangle où en équilibre, l’on voit l’acier fendre l’eau, où l’horizon se devine en nuances colorées, bien au delà des nuages. Des minutes extraordinaires, les embruns se mêlent au vent, à l’odeur moite et particulière du fleuve.

Je fermai les yeux, la paix m’envahis ! Je ne sais combien de temps ce vagabondage de l’esprit dura, mais je le saisie comme une opportunité pure, comme une parenthèse pleine de vertiges bienfaisantes. Groggy d’émotions, je regagnai lentement ma cabine, enfouissant secrètement les secondes passées, dans leurs moindres détails. Je m’assoupis, gardant cette sérénité au plus profond de mon être.

«  Le diner va être servi, Monsieur ! Ces Dames et Messieurs vous attendent au Grand Salon » je sursautai, acquiesçant de la tête, sans bien avoir tout compris. Satbir sourit et sortit.

Après une toilette rapide, il me fallait trouver une tenue appropriée. Ma garde robe étant limitée, j’optai pour un pantalon de toile beige, une chemise blanche et ma khata qui ne me quittait jamais.

Je fis mon entrée dans le Grand Salon. La pièce était agréable, de style victorien, bois précieux, bibelots de porcelaine, velours élégant et cette pointe de romantisme presque aérienne. Le reflets de la lumière dans les grands miroirs donnaient à cet intérieur une chaleur ouatée, fragile, étonnamment efféminée. A mon arrivée, le volume des bavardages baissa, comme pour prêter une attention interrogative à ma personne. Les regards cherchaient l’apaisement, l’indice, l’élément tranquillisant. Je me présentai «  Philippe De Frémontpré » sans aller plus avant, les causettes reprirent comme une respiration un moment suspendue.



Philippe De Frémontpré

Au delà de l’innocence

Au fil de l’eau ( 1ére partie )

Embarquement.


Lhassa, dernière étape de mon voyage. Depuis Delhi, entreprendre ce périple par la montagne, ne m’enchantait guère , par bateau, sur le Yamuna, le Gange, le Brahmapoutre était une option où plutôt un choix plus attirant. Côtoyer la diversité de la population indienne, faire escale à Aga, visiter le Taj Mahal, sentir la ferveur de la cité pieuse de Vârânasî, en laissant le hasard m’entrainer en d’autres lieux, vers d’autres hommes, d’autres femmes. Un programme que j’envisageai avec impatience et gourmandise.

Je me retrouvai à l’aube, sur un quai humide et tiède où une cohorte de porteurs, en un va et vient incessant, s’activait à embarquer victuailles et marchandises diverses. Dans la lumière naissante, le « Georges V » paraissait fier, presque majestueux. Mais, le temps, un manque d’entretien le marquait de grosses plaques de rouille sur sa coque à la peinture craquelée. De son unique cheminée, sortait une fumée noire, difficilement dissipée par la brise matinale. Il me parut, fatigué, d’un autre âge…inquiétant ?!!! Des coolies en guenilles, montaient, descendaient sur une passerelle bancale, esquivant avec aisance quelques planches cassées. Avec précautions, je montais à bord. Un sikh, tenue blanche immaculée, large ceinture noire, turban en nuances de gris à la géométrie parfaite, m’accueillit. Cet ancien sous-officier de l’Armée des Indes, corpulence moyenne, mais massive, barbe grisonnante dégageant une certaine élégance emplie d’une rigueur toute militaire, fut, pour moi, une image rassurante. Après une présentation polie, il prit mon bagage, me priant de le suivre. Ma cabine se situait sur le pont arrière bâbord, Satbir, en maitre des lieux, en ouvrit la porte, déposa mon sac sur le lit et après les instructions d’usage, se retira discrètement. Son anglais était parfait. Le roulement des « r » rendait, par moment, ses paroles comiques, il le savait, parant le coup d’un rire mécanique.

Je m’installais rapidement. Mon espace de vie était correct, couchette convenable, bureau, cabinet de toilette, le tout propre et soigné j’y reconnu la « patte » de Satbir. Le bateau quitta le quai, s’engagea sur le fleuve, une salve de corne de brume me le confirma.

Je fis quelques pas sur la coursive. Doucement, les lumières de Delhi s’éloignaient dans la fraicheur moite du matin. Un spectacle particulier fait de couleurs pales, des premiers rugissements de la ville grouillante, des effluves malodorants du port, des berges couvertes d’étoffes, de laines multicolores en attente des premiers rayons du soleil. Je partageais quelques mots avec un membre d’équipage à la dentition parfaite, d’une blancheur étonnante. Il me souriait en permanence, me comprenait-il ?…. Question sans importance. Ce fut un agréable et curieux moment. Les hochements de tête, le dialecte local, un anglais improbable furent un brassage de gestes et de mots insolite. On pouvait percevoir, le désir de l’un et l’autre, de simplement sacrifier une ou deux minutes, sans raison précise, comme une respiration commune


Philippe De Frémontpré

Au delà de l’innocence

Haut de Page