Silence

Je me réfugie dans le silence, comme on prend un bâton de pèlerin, sans haine, sans crainte. Il est, alors des paysages, des voix, des émotions différentes, vulnérables, certes, mais empreints de sérénité, d’humilité L’horizon s’apaise, esquissant en nuances colorées, un moment de paix particulier, presque égoïste. Il nait, en ces instants, une nécessité, un impérieux besoin d’entrer en intime, non pas pour établir un énième constat, mais pour comprendre et apprendre.

Un miroir se pose. Images crues d’un passé, violences d’un présent, tout s’additionne sans ménagements, happés par une soif d’altruisme et de compassion.

Le silence est un choix, quand les mots ont perdu leurs sens,quand la vanité est érigée en droit. Certains diront, repli et même lâcheté, il n’en est rien ! Il y a là, une volonté farouche de résistance, un mutisme militant face aux bavardages partisans, aux chuchotements et confessions hypocrites. Il n’est de valeurs en de fausses libertés que d’eau en un désert. La souffrance se dilue dans le vacarme, le narcissisme, la démesure outrancière des nos faiblesses. Elle n’est plus qu’une « variable » que l’on constate et ajuste, sans l’apercevoir, l’appréhender, l’absorber , la guérir !

Il n’est pas un silence permanent , j’en connais les blessures et les dérives. Il est un temps où notre réalité profonde s’interpose et interroge notre esprit, notre cœur. Le futile s’évanouit, l’éphémère s’évapore, l’attachement se dénoue et rompt. Reste un essentiel, humble, humain, un lien inaltérable avec notre conscience intérieur. A ce stade éclot l’acte, la décision, l’intervention, la manifestation toutes ces formes d’actions réfléchies, concrètes où le bon sens , la considération de l’autre , le respect de la vie deviennent la substance de la vérité.

Philippe De Frémontpré

( Extraits «  Au delà de l’innocence »)