Archives pour août, 2014

le ciel


Photo originale de V.B


Le ciel .

Tant d’hommes lèvent la tête, s’interrogent, contemplent cet azur, parfois, tourmenté. L’éphémère, en cette image changeante dans sa course, si réel en ces couleurs, une impermanence dessinée à chaque seconde. Le paysan y cherche la pluie, le soleil,le vent comme l’indispensable à un avenir serein. Le marin scrute une étoile, une direction, une route essayant d’y deviner le visage de l’horizon. D’autres, lui posent mille et une questions et un simple grondement devient une réponse . S’insinuant entre les bleus et les gris, observant chaque parcelle du levant, leurs quêtes de ce qui n’est plus paraît futile. Espoir diront certains, ou attachement à des mots se trompant de page blanche.

Ne sont elles pas curieuses, toutes ces postures, toutes ces interrogations tendues vers ce qui n’est, déjà, plus !?

Pourtant !…….

Une brume matinale, dans son drapé vaporeux, traîne doucement. Des silhouettes imparfaites se détachent en ombres a, là un chêne, aux pales couleurs ici une maisonnette. Sur l’étang, à peine dessiné, un pécheur, en nuances de gris, trempait sa ligne au bords d’une bande de brumes. L’image était curieuse, insolite, entre deux mondes .Les bruits étaient étranges et familiers. Étranges par leurs soudaineté et leurs origines indéfinies, familiers par le son de la brise fraîche et timide , par le lapin en pleine toilette, par l’écureuil commençant son déjeuner. L’aube s’étirait, enlaçant la terre, lui offrant quelques larmes bienfaisantes. C’est un levé de jour paisible où chaque chose se mettait en scène avec humilité. Une quiétude, une aquarelle de paix, où il faisait bon de méditer. Marie-Louise osait, avec patience, ce moment où se confondent réalités et absences, couleurs et obscurité. Tout se mêle, tout s’assemble, dans une étonnante tendresse naturelle . Chaque minute est humble, respectueuse, chaque seconde,chaque chose, chaque être naît et meurt pour la seconde , la chose, l’être suivant !

Comme trop de matins, Marie-Louise s’active de bonne heure. Elle en sourit,parfois, imaginant poules et canards, sommeillant avec assiduité et peut être avec paresse. Elle se prépara un thé, ce thé rouge que Philippe lui envoyait régulièrement. C’est une curiosité par le goût, mais aussi par nom. Thé rouge ou thé noir, selon la province, le nom se modifiait, s’entourant de légendes plus ou moins vérifiables. Surprenant par la couleur, Philippe, à son premier envoi, avait joint une note expliquant l’origine et la rareté de ce breuvage ainsi que la meilleure façon d’y découvrir ses saveurs subtiles. A chaque gorgée, les yeux fermés ,Marie-Louise s’émerveillait de ce parfum, prenant le temps d’un plaisir particulier à chaque fois renouvelé. Laissant le jour à ses préparatifs, d’un tiroir, elle sortie la dernière lettre de son fils, datant de quelques mois, maintenant, il lui fallait la lire, plutôt la relire encore et encore. Ces lectures successives ne pouvaient certes pas effacer les distances, comme un rituel, Marie-Louise posait une feuille blanche sur son bureau, pour ouvrir un dialogue, s’acquitter par l’écrit de ses joies, de ses peurs, s’épancher avec discrétion des tendresses d’une mère, sans oublier quelques remarques sur le choix d’un mot ou les fautes d’orthographe émaillant le courrier de son garnement.
Les paroles n’étant plus échangées, elles se transformaient en mots, en belles phrases et beaux paragraphes traduisant entre les lignes l’absence, l’amour, l’impatience. Tout cela franchirait les mers , les montagnes pour être lus dans six mois , peut être !!!!

Quelques lignes avaient attiré son attention plus que les autres. Elle n’était pas surprise par les propos, mais la profondeur de la pensée l’avait troublée . Il disait ceci :

« Il est des mérites que l’on ne perçoit pas, car partagés, ils se diluent dans la joie et le bonheur de l’autre ! Ce sont, bien souvent de petites choses, des actes insignifiants, mais dont les effets , comme le soleil, réchauffent le corps et apaisent l’esprit. Naît, alors un bien être, une paix intérieure que l’on appréhende avec humilité.
Il nous faut apprendre de ces moments emplis de compassion, apprendre de ces silences merveilleux, tirer l’enseignement juste d’une parole, d’un geste, d’un regard proposé à l’autre, par l’autre. Puis comprendre que cet attachement à ce «  moi » , à ce «  je » n’a aucune réalité si ce n’est celle de la souffrance. Bien des conflits n’ont pour origines que cet attachement, traduit en haine, vanité, jalousie. Beaucoup habille cela de principes vertueux, n’étant que masques habilement posés, habilement dessinés qu’une goutte d’eau viendra effacer. »

Marie-Louise ne put, comme à son habitude, commenter ces mots. Malgré ses multiples lectures, son esprit cherchait un équilibre entre sa propre quête et cet enseignement peu ordinaire. Quel chemin pour comprendre, pour discerner entre les syllabes cette paix ? Tant de questions se bousculaient…

Philippe De Frémontpré
Au delà de l’innocence

Conversations.

Conversations .



Ah!tu es revenu !

Où étais tu depuis dix ans ?

Tu te cachais par tous les sangs,

En mon corps répandu !


Voilà ton lot de souffrances,

Mes pensées en errance.

Tes chemins tortueux,

Tes dédales douloureux.


De peurs en détresses,

Accumulant tes largesses,

J’inspire tes maux,

J’expire mes mots.


Laisse moi te rire,

En affrontant le pire.

Je ne suis qu’un,

Et mon mal n’est rien !


Si ma chair crie,

Bien vite, vient l’oubli !

Si le mal m’envahit,

Je plains cet ennemi.



Mes sourires patients,

S’occupent du temps,

Osant l’affrontement,

Avec la joie du vivant.


Tu prétends à la victoire,

Au sortir de mes déboires,

Elle ne sera pas aisée cette tache.

Il faut que tu le saches !


Philippe De Frémontpré

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