De vigilantes images,

Nous vivons dans un monde assourdissant, mais nous même, nous sommes atteint de surdité ! Nous avons, consciemment ou inconsciemment beaucoup de mal à entendre les souffrances qui nous assaillent, qui nous entourent ! Asseyez-vous sur un banc, respirez l’instant, observez ce monde grouillant passant devant vos yeux ! Combien d’entre nous y perçoive tous ces appels à l’aide, toutes ces plaies invisibles, ces déchirures du corps et de l’esprit.
J’ai en mémoire comme de vigilantes images, m’interdisant le désintérêt, l’indifférence, cette insensibilité qui durcit le cœur et conduit l’esprit de mépris et de répulsion !

Atteint de la maladie de Hodgkin, il y a quelques années, je dues subir un traitement lourd. Auto greffe, chambre stérile et nombre d’examens, prise de sang quasi quotidienne, perfusions en tous genre, le tout dans un environnement masqué, ganté, botté ou chaque blouse bleue n’était , avec le blanc des murs, des draps, que la deuxième couleur de mon horizon ! Mon esprit s’évadait bien sur , mais plus la fatigue s’installait, plus il renonçait ! Je devenais sourd et aveugle à ma propre douleur ! Ma souffrance me pénétrait, à un point tel, que les traitements m’étaient indifférents, je crois qu’elle m’habitait pleinement ! Faire ma toilette était une épreuve, pas seulement à cause de l’effort physique qu’il engendrait, mais de cette petite voix qui répétait « à quoi bon ! ».

Un après midi, le toc-toc sur la vitre me réveilla. Le visage de mon fils apparut, rayonnant plein de bonheur et ce sourire qui me disait « Ose la vie Papa ! Ose ! » Il avait trouvé son banc, mais plus important encore, il ne s’est pas contenté de regarder , il a juste souris, il m’a juste souris !Mon refuge était là, au bord de cette innocence, au bord de ce geste naïf et vrai, humble et rempli d’amour. Je n’étais plus cette maladie désormais, je pouvais m’asseoir à coté de lui , respirer l’instant, respirer la Joie de la vie !

Nous devons, à chaque seconde, avoir cette vigilance qui ose au plus profond du profond de nous même, la compassion juste , impartiale, l’amour humble et inconditionnel !

Philippe De Frémontpré
( Au delà de l’innocence