« L’émotion, seule, peut comprendre la magie de l’éphémère ! »
Philippe De Frémontpré

Ce bref instant.

Il y a dans cette après midi, une de ces douces chaleurs,
Ou, même la brise légère a des envies de tendresses
Les cigales font silences, cherchant sans doutes, d’autres mélodies.
Soudain, la nature n’a plus de rythme, s’enivrant d’une beauté,
Offerte au monde qui s’endort.

Devant moi, une grande bâtisse, fatiguée par le temps.
Des vignes sauvages dévorent la façade,
Craquelant les pierres dans leurs ascensions folles.
Un vieil escalier, marche après marche, vous raconte son histoire.
Rires et cris d’enfants, dévalant, ivres de bonheur, cette piste aux étoiles.
Pas timides et maladroits, de jeunes mariés gravant en leurs mémoires,
Ce jour merveilleux ou leurs âmes par leurs corps s’unirent.
Les grands arbres du jardin donnent la mesure au jour,
Ondulant avec grâce à chaque caresse du vent.
Les murs transpirent de souvenirs.
Le temps s’arrête comme pour mieux vous les conter.
De vacances oubliées au fond d’un sac de billes,
Quand le foin vous accueille pour un premier émoi !
De siestes coquines sous le vieux tilleul,
Pour se rappeler « un je t’aime ! » Quelque peu endormi.
De tartines de confitures, en repas de fiançailles,
Ou, une fois encore Grand-père versera sa larme en regardant Mamie.
Les mots s’installent, un à un, en farandole d’émotions,
Comme autant de lucioles, en un beau soir d’été.

Des images apparaissent et disparaissent, hésitantes.
Craintives d’un moment qui n’est plus,
Mais dont les sons me parviennent encore !
Je lève la tête, et au détour d’une fenêtre…………

Le soleil glisse ses rayons, au travers d’un fin voilage lavande.
Dans cette chambre, couleur ocre, tu es là, endormie
La lumière berce ton corps nu, en ombres douces,
Caressant ta peau en de subtils reflets.
Emus devant tant de beauté, les draps n’ont osé te couvrir.
J’aurai voulu être peintre, poser mon chevalet.
Entreprendre tes courbes en un trait de pinceau
Pour glisser sur ton sein, une ombre câline.
Mais je n’ai pas ce talent et me dois de faire silence.
Je reste là, assis, un vieux fauteuil pour témoin.
Je te regarde.
Non ! Je te découvre, belle, rêvant de n’être qu’un instant, un bref instant,
Ce frisson de plaisir complice de tes songes.

Rêves ou réalité ?
Il y a dans nos souvenirs enfouis,
Cette réalité d’un rêve ou le rêve d’une réalité
Nous n’avons pas à chercher à dissocier l’un de l’autre
Mais, gardons les quelque part, ou leur innocence sera préservée.
N’être qu’un instant ! Ce bref instant ou l’intensité n’est plus palpable,
Ou l’émotion pourrait arrêter un cœur de battre.
Ou le monde est autre, parce que l’autre !

Vincent