Madame,

Vous souvenez vous, Madame. ?
De nos silences effleurés,
Nous étions des amants,
Oubliant les tourments,
D’une vie en dehors,
De la vie du dehors.

Vous souvenez vous, Madame. ?
Des ces mots caressés,
Du bout des doigts, du bout de l’âme,
De ces rimes inventées,
Entre deux baisers semés,
Au creux d’un oreiller.

Vous souvenez vous, Madame. ?
De ces ballades en tendresse,
Où, même le vent se calme,
Se devine et paresse,
Murmurant une chanson sans age,
Au travers d’un vert feuillage.

Vous souvenez vous, Madame. ?
De ces rêves, un peu fous,
De ce voyage de Venise à Parme
De cet enfant qui serait de nous,
Une fille au teint merveilleux,
Au charme envoûtant de vos yeux.

Vous souvenez vous, Madame ?
Non ! Je ne crois pas !
Vous avez oublié, Madame !
De ces bonheurs, vous n’en voulez pas !
Mais, que n’ai-je eu cette délicatesse,
D’être Marquis et vous maîtresse ?
En un sens convenable,
« faux-culs ! », mais pas coupable !

Hélas, je ne suis que manent,
Voir mécréant !
Un de ces romantiques,
Poètes squelettiques,
Je hais ce destin qui vous mit sur ma route,
Sur mon devenir, vous n’aviez aucun doute.
Je ne devais être que de passage,
Pour votre plaisir, bien peu sage.

Je vous plains, Madame !
De céder à vos caprices,
A vos désirs éphémères,
Vous buvez, ainsi, au calice
Des souvenirs amers !
Et demain, Madame,
Quand s’éteindra votre flamme,
Un peu trop tard, un peu trop tot,
De l’amour, vous n’aurez que les mots,
D’un écrivain raté,
Qui vous aura aimé !

Vincent