Il pleut !



De ma fenêtre, un ciel gris dessine, comme de grands traits de pluie. Suivant l’humeur du vent, ils sont droits bien rangés ou se penchent en désordre. Sur le petit chemin de cailloux, un torrent jaillit, entrainant en ses flots feuilles, branchages et détritus. Les couleurs se noient, les arbres dégoulinent, quelques rares oiseaux, à tire d’ailes cherchent un abri. Malgré la violence, soudaine, de l’averse, tout semble serein, apaisé comme en attente. Le silence a cette odeur d’herbe mouillée, de feuillage trempé et l’air, une saveur particulière, presque visible comme montant de la terre.


J’entends claquer sur les tuiles plates, les gouttes d’eau, à les compter une à une. Elles s’affolent, parfois, à revoir le calcul, se font sourdes, lourdes heurtant la vitre en rafales, comme pour me demander toute mon attention.


Accrochées à leurs parapluie, quelques silhouettes forcent le passage. Le pas pressé, la tête dans les épaules, elles scrutent le vent, étudient le terrain. Marcher sous des trombes d’eau est du domaine du sport, que dis je , c’est un art ! Une bourrasque sournoise s’engouffrant sous le pépin, le retournant, anéantissant l’idée même de garder la tète au sec. Une flaque d’eau invisible, sur ce chemin, mille fois emprunté, apparaissant, disparaissant au gré des ruisseaux se formant ici où là. L’attention n’étant pas multiple, le pied, soudain s’enfonce et «  boit la tasse » ! Mille pièges attendent les courageux s’aventurant sous l’ondée, quelques jurons transpercent le calme, on sait, alors qu’il y a encore une victime….trempée, cela va de soi !


Les choses sont si simples ! Il suffit de s’assoir, de regarder ! Cela, semble banale ? Certes !

Mais notre époque perd cette faculté de s’assoir et de regarder. Nous nous inventons des difficultés, croyant que cela nous aide à vivre. Un sage de mes amis me dit un jour : «  La complexité nous offre bien des raisons de souffrir, il y a dans la simplicité une réponse : le bonheur ! »

S’assoir et regarder n’est pas un acte passif, mais un moment de respect et de réflexion. Il suffit, alors, de transformer cela en intentions et actes justes.


Philippe De Frémontpré

( Au delà de l’innocence )