Une nuit à Kartoum.


Sans véritable plan de la ville, je marchais, marchais encore, en espérant que ma bonne étoile, m’indiquerait le meilleure des chemins. Les heures passèrent l’une après l’autre, insensibles, me sembla t il, à ma quête, pour ne pas dire mon désarroi. Tant qu’il resta un peu de lumière, je refis, à l’envers mon parcours où plutôt, je crus le refaire…. Le soir tombant, chaque pan de mur, chaque fenêtre, chaque pierre, chaque fontaine abuse l’étranger, en lui offrant la similitude des formes et des couleurs.


Les passants s’évanouissaient au fur et à mesure de l’avancée de la nuit. Les échoppes rangeaient leurs étales comme l’on ferme une boite, dans un ordre précis, sachant attendre le dernier client pour faire leurs comptes. Posant, son alêne à petits points, un cordonnier terminait une commande d’un coup de marteau sec et précis. Je passais, ainsi, de l’étouffement suffoquant d’une fourmilière bruyante à la furtive rencontre, que dis-je, au croisement apeuré de deux silhouettes.


Je me retrouvais  dans une ruelle sombre, où la poussière du jour était à peine retombée. Il y avait dans l’air un mélange d’épices et de fin de journée, une odeur particulière où l’on sent venir le sommeil, une étrange transition qui doit être mijotée , pour humer toutes les saveurs d’un repos attendu. Dans leurs maisons de terre séchée, quelques âmes s’adonnant aux plaisirs du souper, n’osaient rompre le silence, par une mastication un peu bruyante. Chacun prenait son temps, ignorant la minute écoulée pour savourer, pleinement, celle qui se présentait. Les mots avaient désertés la tablée apaisant l’esprit, laissant le corps se détendre à sa convenance. Puis, viendrait ce moment où l’on ne fait rien et l’on parle de tout. Ce moment éphémère où tout est à sa place.


Sans véritable éclairage que celui d’une frêle lanterne franchissant timidement une porte mal fermée, il me fallait être vigilant pas à pas, tâtonner du bout du pied la terre, y déceler creux et bosse, afin d’éviter la chute. Le sol témoignait d’allers et venues incessants et l’on entendait presque, les négociations enflammées autour de quelques mètres d’étoffes, la chanson du porteur d’eau , les bavardages des femmes, le piétinement des chevaux. La lune me taquinait, dessinant çà et là des ombres, parfois fort surprenantes. Malgré, le précieux de l’instant, le charme magique de l’heure, Il me fallait me rendre à l’évidence, affronter une véritable honte, me résigner au ridicule : j’étais perdu !!


M’arrêter au prochain carrefour, faire le point, me sembla une idée raisonnable. Mais, comment s’orienter en pleine obscurité, là où les contours n’en sont plus, où la pénombre s’amuse sans précautions, où l’opacité ajoute au mystère de l’inconnu ? Assis, sur ce qui me paraissait le bord d’un trottoir, j’attendais une réponse , même partielle, à cette question. Soudain, je vis naitre et s’allonger mon ombre. Derrière moi une porte s’ouvrait !……………


Philippe De Frémontpré
( Au delà de l’innocence )