Avançant vers la proue, je croisai, quelques passagers me saluant d’un étrange «  bonjour » poli mais perplexe. Je me plaçai à la pointe du navire, cet ébouriffant triangle où en équilibre, l’on voit l’acier fendre l’eau, où l’horizon se devine en nuances colorées, bien au delà des nuages. Des minutes extraordinaires, les embruns se mêlent au vent, à l’odeur moite et particulière du fleuve.

Je fermai les yeux, la paix m’envahis ! Je ne sais combien de temps ce vagabondage de l’esprit dura, mais je le saisie comme une opportunité pure, comme une parenthèse pleine de vertiges bienfaisantes. Groggy d’émotions, je regagnai lentement ma cabine, enfouissant secrètement les secondes passées, dans leurs moindres détails. Je m’assoupis, gardant cette sérénité au plus profond de mon être.

«  Le diner va être servi, Monsieur ! Ces Dames et Messieurs vous attendent au Grand Salon » je sursautai, acquiesçant de la tête, sans bien avoir tout compris. Satbir sourit et sortit.

Après une toilette rapide, il me fallait trouver une tenue appropriée. Ma garde robe étant limitée, j’optai pour un pantalon de toile beige, une chemise blanche et ma khata qui ne me quittait jamais.

Je fis mon entrée dans le Grand Salon. La pièce était agréable, de style victorien, bois précieux, bibelots de porcelaine, velours élégant et cette pointe de romantisme presque aérienne. Le reflets de la lumière dans les grands miroirs donnaient à cet intérieur une chaleur ouatée, fragile, étonnamment efféminée. A mon arrivée, le volume des bavardages baissa, comme pour prêter une attention interrogative à ma personne. Les regards cherchaient l’apaisement, l’indice, l’élément tranquillisant. Je me présentai «  Philippe De Frémontpré » sans aller plus avant, les causettes reprirent comme une respiration un moment suspendue.



Philippe De Frémontpré

Au delà de l’innocence