Il état là, à même le pont. Il devait avoir une quinzaine d’années , tout au plus. Vêtu d’un kesa de couleur bordeaux, cousu d’une façon toute particulière , lui laissant les bras nus, il respirait peu, le dos droit, la tête haute , il semblait en dehors du décor. Assis en tailleur, il formait un ensemble étrange, non pas massif mais harmonieux, comme un triangle pointant le ciel.. Ses yeux clos étaient dans un hasard, quelque part , avec une expression de bien être que je lui enviais. La fraicheur de la nuit tombante, me fit frissonné, cela n’avait pas l’air de l’atteindre Je m’avançais silencieusement, intrigué par la posture et l’age de ce garçon. Soudain, il ouvrit les yeux et me dit :

  • Assis toi, mon ami, le silence me parle !

Je m’exécutais avec difficultés, essayant péniblement de copier sa position. Quelques longues secondes me furent nécessaires pour approcher ce croisement de jambes très inconfortable, J’essayais, néanmoins de rester digne , il eut un sourire  pour me dire :

    • l’oisillon met quelque temps à tenir debout , ne crois tu pas ?

Il eut un moment de flottement, je cherchai des mots, savamment additionnés, pour répondre…

  • L’imitation ne peut être que maladroite, vouloir être à l’image n’est, certes pas, le meilleur des principes. !
  • – Je te sens assez fier de cette réplique me dit il !
  • Il n’y a pas de fierté dans mes propos, mais juste un bonheur de partager une pensée !
  • La fierté ne réside que dans le cœur de ceux qui partageant la souffrances des autres, s’abandonnent aux joies de l’humilité !

Allumant une bougie, il entreprit une prière en un langue inconnue. Son chant était apaisant, ni triste, ni gai, justes des sons s’éloignant dans le vent, pour atteindre je ne sais qui, je ne sais quoi !

  • Je dois te laisser mon ami ,d’autres taches m’attendent ! Je me permettrais un conseil.
  • Avant de t’assoir en tailleur, vide ton cœur, respire profondément et laisse ton esprit trouver en toi la compassion , ton corps la bonne position…….. !!!!

Il sourit, se leva , lentement et partit !

Il n’en fut pas de même pour moi. Avec peines et aux prix de douloureux efforts, je fus , enfin debout ! Cela n’était que peu de choses. Ces quelques mots, mais surtout cette présence, m’avaient bouleversé….