Dialogue.



J’étais en maladie, comme l’on est en pèlerinage ! Étonnant, n’est ce pas !

Disons plutôt, que cette épreuve m’offrit ce temps précieux où l’on regarde en soi t autour de soi. Passé le primaire : «  Pourquoi moi ? », je m’engageais, avec une ardeur prudente, sur ce chemin âpre, difficile du sens de la vie.


Je construisais le temps entre de longues lectures, dans un dialogue secret avec ces phrases additionnées, cherchant une vérité derrière une virgule, un doute au delà d’un point d’exclamation. L’apprentissage de la méditation, où l’interrogation de soi est, parfois une souffrance, une très grande souffrance et un autre regard, une écoute différente de l’entourage, de la clarté du ciel, des propos partagés. J’apprivoisais les mots, avec l’humilité de l’élève, pour en tirer l’essence et gommer l’illusion.

Le silence fut un allié. Imprévisible, surprenant, questionneur et questionné, il est, dans sa réalité éphémère, ce petit rond envahissant l’océan pour renouveler la surface de l’eau. Bref et presque permanent, il semble exister , mais chaque vaguelette s’élance et disparaît. Pourtant, ce phénomène est présent, rempli de richesses où la conscience s’abreuve où l’esprit s’ouvre , respire……..!


Il y a peu , un ami vint me voir. Nous passâmes un moment agréable à jouer avec les mots. Au milieu de nos rires et nos plaisanteries, il me dit :


  • Mon vécu est plein comme une outre, je peux affronter le reste de ma vie sans crainte !


Je cherchais dans son regard une émotion, une motivation de cette affirmation. Voulait il se rassurer ou était il persuadé de la véracité de cette pensée ? Sans réelle réponse, je lui répondit :


  • Je suis heureux que tu puisses affronter la vie sans craintes, mais as tu l’expérience pour cela ?


De sa voix grave, emplie de certitudes, il me déclara :


  • Vécu, expérience c’est la même chose ! Tout cela n’est qu’une succession d’événements dans lesquels chacun y puise ce qu’il veut !!


Je fus surpris de cette rapide explication ! Elle avait la saveur d’un parfum amer, d’un met trop cuit.

Je tentai, alors, un autre écho.


  • Vivre sur un vécu, c’est oublier le sens de la vie ! On pénètre en lui, par l’expérience qui ne peut être dissocier de l’observation,de la recherche, de la réflexion. Après ce cheminement, on s’adosse, non à un passé ( le vécu) qui n’existe plus, mais à la vraie nature des choses et de là, d’autres vérités s’imposent ! Nous sommes en expérience,à la fois maitre et apprenti, sollicitant les questions, scrutant les réponses et doutant de chaque trouvailles. Nous ne pouvons nous satisfaire d’un acquis, qui , bien souvent altère, notre impartialité et n’est compris que par notre égo.


Il me sourit. Laça ses chaussures, s’enveloppa dans son manteau et prit le chemin du retour. Nous nous sommes revu quelques temps après,reprenant nos discussions avec joie et sérénité. Nous ne reparlâmes jamais de cet entretien, mais je vis dans ses yeux comme une compréhension réfléchie qui me ravit.



Philippe De Frémontpré

( Au delà de l’innocence )