Préambule.

Il n’est pas, dans la vraie nature des mots, d’être nuisible. Seul, leurs additions prennent le risque, trop souvent, de la haine et de la noirceur.

Entre pleins et déliés, Marie-Louise ressentait cela. Elle portait une attention, étonnamment personnelle, à l’équilibre de chaque phrase, cherchant en son intime, l’essence d’une sensation, la justesse d’une pensée. Elle avait cette phrase « Il y a toujours une porte dans une pièce sans fenêtres, de façon que l’on puisse y entrer, mais aussi en sortir ! »

Cette émotion naquit en Juillet. Ce matin-là, l’air était frais, un banc de brumes s’évaporait à l’horizon. Le ciel ocre chavirait en une lumière bleutée et pale. L’été s’installait dans ses habitudes. Doucement, les moissons commençaient. Dans les champs, les bottes de blé mure s’alignaient, dans l’attente d’un rayon de soleil, quelques lapins égarés profitaient de la fraîcheur pour se restaurer. Les heures, patiemment, cherchaient à inventer d’autres couleurs, d’autres saveurs. Les minutes, quant à elles, engageaient de longues conversations avec le vent.

Au creux d’un chemin, au détour d’un nuage, une lettre se posait comme une évidence, comme le trait d’un dessin éphémère. Une consonne là, une voyelle ici, elles n’étaient que le reflet d’un instant, d’une sensation, d’une autre liberté ! Tout cela, donné à Marie-Louise, un étrange, mais bienfaisant, sentiment de nouveauté. Hier s’efface sans heurts, sans craintes comme une vérité qui s’éteint pour en raviver une
autre. Cette nouveauté, chaque jour renouveler, portait un nom ou plutôt, embrassait tous les mots d’aujourd’hui, de demain en quelques syllabes que chacun nomme humanité !

Marie-Louise sut, dès cet instant, qu’il lui fallait être, aux travers de ses pages griffonnées, humaine, avant tout !

Philippe De Frémontpré
Au-delà de l’innocence