Compiegne-parc-chateau-1Douze ans !

Un âge, où tout parait possible, accessible. On découvre seul « ce qu’il y a, au-delà de la porte d’entrée ! » .Un âge, où les sentiments, les sensations, les émois, les désarrois, les perceptions, nous percutent, nous intriguent, nous questionnent dans leurs nouveautés, leurs diversités, leurs tristesses, leurs plaisirs. Ce n’est pas une sortie de prison, mais un apprentissage de l’autonomie, le début d’un autre chemin. Un moment fort, certains s’enrichiront de cette expérience, d’autres se perdront dans l’éphémère !

« La fleur de l’âge » dit-on ! Mesure t on l’importance de ce cycle, de ce corridor vers cette autre chose que nous devons façonner ?

Je n’avais, pour ma part, que deux préoccupations :

  • L’aventure et le bureau de Père !

Pour assouvir la première, il me fallait oublier la deuxième, ce qui était tentant mais, certainement, peu raisonnable ! Ou pour éviter la deuxième, la première se devait, nécessairement mesurée, donc sans gouts !

Le bureau de Père, étant dans l’instant clos, mon choix ne me demanda pas de longues réflexions.

Je devais être, à la fois Marco Polo, D’Artagnan, Barbe Noire et un élève modèle ! Les proportions restant à définir, j’optais rapidement pour un déséquilibre prémédité, qu’il me fallut assumer par de fréquences visites dans le bureau de Père. J’usais de moult ruses pour conquérir, batailler, maitriser des abordages, déjouer les plans du Cardinal et apprendre grammaire, géographie etc. etc. ……. ! La plus grande part de cette stratégie résidait en des manœuvres d’évitements du grand couloir blanc menant au bureau de Père.

L’oubli ou négligence volontaire était, pour moi, un allié précieux. Facile d’emploi, peu encombrant, il s’alimente d’un peu d’imagination, d’une dose de naïveté candide, saupoudrer de quelques envolées théâtrales, le tout en un discours approprié et crédible. Oublier, l’heure du déjeuner dominicale, oublier la fin du jour, oublier un livre sur le banc de l’école……Tous ces petits oublis inventés, comme des fenêtres sur mon imaginaire. On m’attribua très vite, le titre «  d’étourdi patenté » qui était pour moi synonyme d’acquittement !

Il n’était nulle question, de mensonges, mais « d’oublis vertueux » ! La nuance est importante ! Le mensonge est un bourbier infâme, ou la souffrance s’offre en plaisirs éphémères. L’oubli passe sans souffrances, puisqu’il n’est plus !

J’y trouvais, à l’époque, une jubilation inconnue. Ce subtil équilibre entre mise en scène et réalité, provocation et soumission, gloire et déchéance avait quelque chose de fascinant ! Bien sûr, cela se limitait à mon univers d’enfant, d’adolescent avec tout ce que cela peut comporter d’irréel, de fantasque, de rêves, de romantique…

Mes pas, mes jeux, mes amours, mes rebellions me guidèrent, alors vers un égoïsme confortable, ou un certain mal être finissait, irrémédiablement, mes chansons !

Comme l’horizon se dessine, doucement au loin, l’invisible, le temps, la réflexion sans doute, me laissèrent un véritable enseignement. J’appréhendais, durant toutes ces années, sans le savoir vraiment, « l’inutilité » de l’émotion dans ce qu’elle a d’emprisonnant. Deux mots résument bien cela : vanité et vide !

Philippe De Frémontpré

(Au delà de l’innocence )