Je bénis ce jour où j’appris à sortir de ce monde et oser avec audace la vie! Bien sur la souffrance m’accompagne, mais la panique s’est envolée, un défi inconnu m’attend : Comprendre  pour accepter ! Dans ces trois mots , l’espérance, la compassion, la joie , autant d’inconnues à aborder sans détours mais avec vigilance et humilité Ce fut un moment bref, intense . Une intelligible clarté apparaît, la croisée des chemins ! Faire un choix est une nécessité pour jouir d’une autre liberté ! Je ne serai pas cette maladie !!!!!! Cela me déroute, m’interpelle ! N’est ce pas curieux qu’il faille pour apprendre, ne plus se poser de pourquoi ? Etre loin de soi pour être tout prés de l’autre ??? Un paradoxe n’est il pas ?! Le jour ne se pose pas de question ! Il naît chaque matin , non pas pour lui même, il est si différent en sa clarté dévoilée, mais pour un monde à envisager, à imaginer le plus beau , le meilleur possible ! Être utile, être meilleur ! Ne pas se demander pourquoi , mais comment ! Voilà, je crois l’esquisse d’une voie autre, humaine, pure, vraie !

Très vite, il m’apparut non pas après une longue et intense réflexion, ou une fanfaronnade idiote, que ma souffrance avait peu d’importance, une évidence douce claire presque palpable ! Elle était là, souriante, bienveillante, elle marchait à mes cotés, c’est tout , traduisant chaque moment en joie, simplement !! Seul l’environnement me rappelait ma réalité. Les murs blancs, le lit inconfortable, le bruit des chariots divers et bizarres, la prise de constantes et tous ces tuyaux , perfs etc etc …. (La sonde urinaire a été mon pire cauchemar ! ), les plaintes , parfois venant d’une autre chambre plus loin ou plus prés …Je ne souhaitais qu’une chose, dés mon réveil, voir cette porte s’ouvrir et une personne entrer! Infirmière aide soignante, femme de ménage, docteur, famille, proches… tous ces gens me donnaient soif ! Soif de vie , soif de les connaître, soif de les apprendre ou réapprendre, soif de les écouter, de leur porter de l’attention, de partager ! Parfois un sourire, un rire suffisait, à d’autres moments les mots s’enchaînaient les uns derrière les autres ! J’éprouvais un vrai bonheur à parler, parler, mais plus encore a être attentif, à boire leurs paroles, à oser entrer dans leurs existences discrètement, les regarder, apprendre encore et toujours ! Quand la solitude prenait place ou que le sommeil tardait, la plume accompagnait les secondes, dessinant , ainsi les heures différemment. Le temps a , soudain, une autre grandeur, le silence s’installe entre rime et virgule comme pour oser l’instant ! Comment expliquer cela ? Comment expliquer cette envie irrésistible de danser sous la pluie ou d’apprivoiser le vent ? N’est ce pas plus pertinent tout simplement d’être mouillé mais heureux ? !!

Dans cet afflux d’émotions, comme dans un plat rempli de beaux fruits, l’une d’entre elles s’est dessinée plus charnue, plus sucrée, plus mystérieuse certainement ! Une notion, qui ,pour pour la plupart d’entre nous, est teintée de cette satisfaction matérielle qui enflamme les sens et fait éclore la Vanité !

La gratuité !

Pour apprendre ce mot, il importe d’oublier le «  pourquoi » et d’oser la spontanéité , l’authenticité ! Il est en notre vraie nature  ces vertus humbles, impartiales, justes! En quelque sorte «  s’abandonner ». Pour illustrer ce propos, il me vient, j’allais dire au cœur,il me vient à l’esprit, ce matin d’Août.

Après le dernier passage , au petit matin, des personnels de nuit, il est ce long moment d’attente entrecoupé de pensées diverses, bizarres et d’un certaine somnolence presque mécanique. On découvre, avec amusement le fonctionnement de la télécommande du lit ! (Un grand moment !) Tests et amusements se succèdent sans vraiment de raisons précises, car l’on sait, malgré tout , que la literie a souffert autant que nous ! On perçoit , également différemment les couleurs d’un ciel que l’on côtoie depuis des années et sur lesquels on n’avait prêté aucune réelle attention ! On guette les bruits de couloirs annonçant le chariot du petit déjeuner en s’agaçant d’un pansement douloureux , de cette satanée sonde urinaire, véritable boulet de bagnard !