Je ne serai pas cette maladie!

Nos vies, nos parcours sont une succession d’instants où nous sommes confrontés à nous même au travers de nombreuses émotions, de choix réfléchis ou non, de joies simples , de sanglots épuisés . La maladie, est un élément de cette addition de circonstances, de conséquences, j’allais écrire « absurdes », mais , inévitablement dépendantes , me semble plus approprié! Nos négligences au quotidien, nous entraînent par vanité , à délaisser notre corps, notre environnement puis notre esprit.Pour en parler, l’expérience s’avère un appui dés plus démonstratif.C’est au creux de la vague, là où, dans ma vie, le vent était le plus fort, que mon ego prit la barre ! Manœuvrant entre mensonges, faux semblants, demi vérités et désirs éphémères, je sacrifiai la réflexion au paraître, la lucidité aux plaisirs imbéciles, l’humanisme à l’indifférence. La soif du moi m’éloignait des rivages du réel, me détournant de l’exigence d’apprendre à être. Vivre sans apprendre parait si simple ! C’est en cette assemblage présomptueux, en cet éventail d’indécisions, d’actes bizarres voir déments qu’une triste compagne de voyage décida de partager mes jours et mes nuits. Elle s’insinua en ma carcasse, distillant son venin avec habileté et détermination.

Le fait du hasard ? Non, il n’en est rien !

En une seconde, nous dessinons nos mots, construisons nos actes et de ce fait, pensons , avec forces certitudes, les maîtriser ! Inspirer par ma suffisance, j’évoluai en un duel permanent, captivé (je le découvrirai plus tard) par l’étendu de mon ignorance ! Comme la pierre jetée dans l’eau propage une onde grandissante en sa surface, chaque plein, chaque délié, chaque geste, chaque action génère un point d’exclamation, d’interrogation, un silence, un cri, une souffrance, une joie ! Tout cela est insoupçonné, imprévu, ignoré, inconnu en l’instant .Personne ne peut affirmer que la minute suivante est prévisible ! En ce contexte de bonheur funeste, fragile , le mal-être fait le siège de l’esprit, accusant l’univers de mes hypocrisies, de mes aveuglements ! Pourtant, je me croyais invincible, osant la laideur avec impudence, le mépris avec orgueil ! J’étais en état de faiblesse, malgré mon arrogance ! Profitant de cela, cette triste compagne de voyage pris mon pas, certaine de faire une nouvelle victime !Comme beaucoup, je me suis posé cette question de la relation de cause à effets ! Des théories existent ,crédibles ou non, le médical entame une réflexion à ce sujet, de nombreux érudits attestent d’un lien probable voir prouvé ! A ce jour, je n’ai pas de réponses, mais la médiocrité de la pensée, la pauvreté des décisions ouvrent bien des portes à l’angoisse , l’anxiété, la lassitude, magnifique terrain pour que germe la détresse du corps !

Soudain, il fit très froid en moi ! Tout me paraissait fade, sans grand intérêt. Mon corps me parlait mais je n’écoutais pas, plus il souffrait plus je le sollicitais comme pour m’interdire l’évidence, comme pour nier la peur , ma peur! Suées nocturnes, perte de poids, maux de tête, j’essayais vainement de me convaincre du caractère peu grave de la chose ! La chose ……. !??? Une inconnue qui passe ? Non, qui s’installe en silence, sournoise, perfide, rusée ! Elle manie le «  chaud et froid » en experte, accentuant désarroi,terreur et même lâcheté ! Et il y a toutes ces nuits ……..! Le sommeil me fuit en la moiteur glacée d’un lit de solitude. Les larmes se mêlent à la sueur, l’effroi tisse sa toile, la colère s’abandonne à l’épuisement…… Face à face avec le temps, patient témoin d’une dérive annoncée, engourdit, paralyse ces secondes sombres sans trop savoir pourquoi ! Toujours, toujours, ce pourquoi agaçant, torturant !! L’incompréhension devient une obsession,le quotidien est tyrannique , repoussant le bon sens au loin ! Le questionnement est permanent, le « pourquoi du comment »en tous sens sans réelles réponses. Combien de fois les larmes brouillèrent mes pensées, la gorge nouée, le corps abattu, l’esprit se perd, frêle esquif en plein ouragan . On retrouve dans le regard de l’autre toutes nos questions sans réponses, ces interpellations où l’on crie énervé, sans trop y croire «  Oui ! Oui ! Ça va ! » On s’accroche à cette bouée percée , essayant de bâtir sur le sable! N’est ce pas monstrueux que de se mentir à soi même, de ne se tourner que vers soi pour partager ce déni d’évidence !?

Après quelques examens, Irm,scanner, biopsie,prise de sang et j’en passe, le diagnostic tomba : La «  chose » est bien là ! Stade quatre ( sur cinq), une bonne note, me dit elle en tartuffe ! Mais avant l’acceptation de la maladie, une question m’a percuté de plein fouée , une nuit où j’allais particulièrement mal . Comment envisager la vie, un futur quand invisiblement mon corps se détraque, s’use doucement ? Je m’aperçus que je m’aliénais à la «  chose » simplement et je peux dire que j’y trouvais un certain confort ! Se plaindre, se victimiser…. un délice ! Votre statut change . L’anonyme devient le malchanceux, l’égoïste est alors digne d’intérêts ! Étonnant, non !? A dire vrai, cela m’est apparu comme absurde, la peur des autres se reflétait dans leurs mots , dans leurs gestes comme un «  tant que c’est lui , ce n’est pas moi ! » j’entamai une lutte contre la peur, contre les peurs  avec une certaine haine, sans savoir vraiment contre qui , mais vraiment contre tout !! Si, nous n’y prenons garde, en pays de Maladie, nos travers se trouvent décupler, l’effet pervers de l’incompréhension, de l’ignorance, cette peur de l’inconnu .

Les circonstances m’ont accordé cette solitude étrange, douloureuse, pitoyable, ce silence étonnant, assourdissant, admirable , les pages les plus difficiles, mais aussi les plus authentiques de ma vie . Je parcourais ce traumatisme de long en large, essayant d’y trouver une lueur, un indice m’incitant à cesser de m’agiter violemment, à faire taire ma révolte! Je me repassai en boucle les mots du diagnostic , comme on se sert un autre verre pour oublier . J’avais tant à affronter ! Les miens d’abord ! Je ressentais, non pas ma douleur, mais leurs déchirements, leurs désespoirs, leurs chagrins, une tempête en mon esprit !…….insupportable ! Les regards incrédules de mon épouse, de mes enfants m’ont poussé vers une humilité, une compassion qu’il me fallait appréhender , car totalement inconnue ! Il ne me fallait pas entrer en maladie, mais m’en détacher . Atténuer leurs craintes , oser un sourire pour une joie partagée……une minute ou deux ! Apprendre, réapprendre à vivre !!!! Cela se résumer ainsi, m’oublier grâce et à cause de l’autre ! Pas seulement mes proches, mais aussi le personnel hospitalier. La souffrance a cette vertu de faire tomber les masques……quand l’humilité s’en mêle avec sincérité!