Sur un sentier, encore sec, un vieil homme s’avance. Son pas lent n’est pas, comme on pourrait le croire, dû à un âge certain, cet âge où se mêle fatigue et amertume, mais à l’avidité de son regard, à la curiosité de ses sens. Il n’est pas grand, mais trapu. La barbe naissante, de gris et de blanc sur visage rond, où l’on sent la douceur, l’élégance du temps accompli. Un bâton à la main, il observe, il scrute. On devine, l’étonnement aux sourcils levés ou l’interrogation à son front plissé. Chaque seconde invente une question, une réponse et il esquisse un sourire, heureux de l’avoir trouvée. Pour profiter, pleinement, du tableau qui l’entoure, au pied d’un chêne, il s’assoie, remonte son col, ferme son grand manteau, l’heure est, encore, à cette fraîcheur, à ce soupir lui murmurant…… chuuuut !

Il aspire le jour à pleines bouffées, puis vide ses poumons ,doucement, laissant y demeurer les saveurs du moment. Sa respiration devient plus lente, à l’unisson, des arbres, des taillis, du ciel et du vent. Désormais, il est en ce profond du profond de lui-même, en cette nature qu’il chérit à chaque promenade, le vieil homme est en Paix ! Un apaisement étonnant empli d’une discrétion attentive à cet environnement, calme comme un soupir, riche de mille et une sagesse.

Il quittera ces lieux, un peu plus tard, quand…….

Quand, la lumière disparaît doucement, quand le soleil s’absente de l’autre coté de la terre, quand une brise fraîche accueille la nuit, il arpente, encore , l’instant heureux de la seconde à venir. Puis, il écoute ! La forêt fait silence, comptant les pas, de ceux qui, en solitude, parcourent ses allées. Le vent murmure aux hautes branches, les couplets frileux, d’une chanson lointaine. Dans un buisson, où s’enroulent des ronces, s’ébat un oiseau cherchant le sommeil. La terre respire ! Une brume blanchâtre cherche entre les cimes, à atteindre le ciel et s’évapore, doucement ! En nuances de gris les ombres se dessinent, comme autant de pensées oubliées filant les rêves de la prochaine nuit. Les feuilles mortes tapissent le sol, le vent remonte cette couverture jusqu’aux pieds des arbres endormis.

A ce moment là, le vieil sait qu’il est temps de rentrer ! Il boutonne son manteau et de son pas lent qui n’est pas, comme on pourrait le croire, dû à un âge certain, il quitte l’instant et regagne son logis..

Je l’accompagne, parfois, en ses randonnées solitaires , perturbé, impatient de comprendre cette paix. Je fonds mon silence en celui des grands arbres comme pour mieux apprendre les pas du vieil homme !

 

Philippe De Frémontpré

( Au delà de l’innocence)