Jours d’hiver

Il faisait froid, un de ces jours d’hiver où l’on frissonne en regardant par la fenêtre. Des cristaux en transparence recouvraient branches et feuilles mortes. Le ciel hésitait entre une grisaille de saison et en bleu en promesses.

Elias avait mis quelques bûches à flamber, la pièce se réchauffait doucement, nos silences se respiraient comme un « au delà des mots particulier » où chacun s’abandonne et s’échappe vers l’autre ! C’est comme un prélude, où il me faut renoncer à mes repères, renouveler ce laisser être pour réapprendre à regarder, à observer, à respirer ! L’écoute, alors, s’impose sans brutalité, sans agressivité , mais humblement ! Elle se pose sur les choses , les êtres sans les surprendre , pour absorber l’émotion , s’abstenant de jugement, de comparaison, elle ose l’attention, l’expérience de l’instant .

« – L’expérience est elle dans ce que tu as fait ou dans ce contact particulier entre toi-même et l’instant ? » m’interrogea Elias.

«  – Puis-je, Elias, te répondre par une question ? Nous pensons que l’expérience se construit par l’accumulation d’actes, comme autant de bagages que nous emportons et pouvant, accessoirement, nous être utile ! Mais j’entrevois une autre nature . N’est ce pas l’instant qui nous propose son expérience, son expertise, peut-être, comme pour aller au delà de cette montagne de « vérités » qui éparpille, bien souvent, nos émotions en souffrances éclatées ?

« – Nos sociétés associent, fréquemment, l’expérience au sens accumulatif du terme, à la perfection, ceci étant, pour elles , deux états indispensables au bien-être voir au bonheur ! J’ai bien peur, qu’elles ne fassent fausse route. La perfection, comme son contraire , ne sont que de mauvaises et souffrantes comparaisons. Il y a, dans un de ses synonymes, « confrontation », toute la mesure de la réalité que nos sociétés et avouons le, nous mêmes comprenons ! Hors, il me semble qu’en la sagesse, en ces doutes, en son apprentissage, qu’en elle seule la perfection peut éclore. Une perfection différente de celle que nous concevons, mais pour cela il nous faut aller au delà de nos mots, au delà de l’expérience de l’instant, au plus profond de nous même !

Il faisait froid, un de ces jours d’hiver ou l’on regarde le ciel à se sentir simplement vivant !

Philippe De Frémontpré

(Au delà de l’innocence)