Avant toutes choses.

Ce n’est pas simple de se raconter. On peut y trouver une satisfaction égoïste, un besoin de montrer, de se montrer. J’ai la naïveté de croire qu’il existe une autre, j’ose le mot, noble raison , le Partage !

Les mots additionnés ont le sens, le parfum d’une émotion particulière, chacune, chacun aura un ressenti différent, je m’en réjouis. L’effervescence de l’instant écriture ou lecture revêt bien des couleurs et l’on s’étonne , souvent, que bons nombre de pensées, d’actes s’y inventent avec humilité et sagesse. Faut il, pour cela, décortiquer, décoder, déchiffrer, analyser, constater, juger à tord ou à raison, avec force soupçons et multiples méfiances ? . Des sentiments de l’auteur aux déchiffrements du lecteur, il peut y avoir convergence ou gouffre .Cela est , certainement, utile à chaque être !………………..si la haine, l’incompréhension, la partialité, l’aigreur ne s’y installent !

Jusqu’à aujourd’hui, je regardais ma plume et mon carnet comme des outils inertes, sans intérêts réels, si ce n’est d’accrocher les mots que ma main dessine. Ce matin, devant le silence de la page blanche, je me suis surpris à les regarder, à les écouter , oui ! à écouter cette plume, ce papier ! Il n’est pas là, effet d’un apprenti écrivain, non ! Juste une oreille et un regard attentif à ces outils qui, eux aussi ont une histoire ! C’est en imaginant, au plus prés de la réalité, l’aventure de la mémoire de ces objets, que retracer mon chemin devint plus facile. Au delà des femmes , des hommes qui les ont façonnés, leurs présences sur ce bureau font de moi leur obligé. Avez-vous remarqué le calme des objets ordinaires, leur avez-vous prêter l’attention qu’ils méritent ? Ce sont ce calme, cette attention qui , avec bonheur, heureusement et souffrance , parfois, nous ouvre l’esprit.

A respirer la Vie !

Les circonstances et les conséquences firent qu’un jour, je fus équipé d’une valve aortique mécanique . Il fallait ,par cet artifice , aider un cœur usé, un corps poussif et fatigué La souffrance physique ne fut ,ni de près,ni de loin une préoccupation première. Bien sur ,elle sue se manifester et parfois violemment, mais consciemment ou inconsciemment, j’avais pris le partie de ne verser aucune larme,de ne faire entendre ni cris ni plaintes .. Il me fallut être vigilant. Pour cela j’avais une aide précieuse, ces images en mon esprit qui ne me quittèrent jamais, comme le baton qui n’abandonne pas la main ferme le pèlerin sur son chemin !

Ces témoins, compagnons de voyage sont différents autant dans le temps que dans l’intensité. Le premier le voici …..

Lors d’une précédente hospitalisation, le traitement administré était lourd, épuisant. L’isolement, la fatigue m’enfermaient en cette maladie, m’emprisonnant dans ses peurs,ses craintes où l’on perd toute lucidité, tout regard bienveillant envers soi-même. Dans la chambre attenante, un petit garçon , prénommé Philippe, de 8-9 ans, traversant l’épreuve d’une leucémie, avait lui, l’audace de la joie, des rires, de l’enthousiasme. Je me surpris à l’écouter, à l’envier puis à le chérir.J’ai, en souvenirs, nos discutions, de masque à masque, ces fous rires soudains, son sourire espiègle, si expressif ! Tout était l’occasion d’une farce, d’une chanson, d’une histoire. J’étais devenu « accro » à ce bouillonnement de vie, comme une drogue bienfaisante. Chaque matin, j’avais besoin de l’entendre. D’écouter son réveil pour me sentir vivant, pour nous sentir vivant ! Il était de cet oxygéne particulier que l’étre humain a besoin pour apprendre, comprendre, avancer ! Il arrivait, parfois , dans l’obscurité de la nuit, quand les veilleuses dessinaient le grand couloir blanc, qu’une larme coulait sur son visage d’enfant. Le silence, alors , était autre , différent remplit de cette compassion pure, intense comme une offrande apaisant ses peurs. Il m’apprit, beaucoup sur le rapport à la maladie, sur l’envie de Vie !

En son intensité, le silence, le calme, cet au delà de soi, aspire la souffrance de l’autre ! Il en a été, ainsi, pour le deuxième…….

Il y a des attentes, où le temps, les minutes ne s’impatientent plus, ne s’inquiètent plus. Mon esprit s’absentait, ne se posant plus de questions. J’avais même ris dans cette ambulance bruyante cliquetant de partout, à croire qu’elle allait perdre une roue , puis…….. Une grande pièce blanche, le bip d’un scoop, les bavardages des infirmières, quelques rires….et ce silence ! Un silence d’entre deux ou il y aura un après, un après inconnu, sûrement douloureux, peut être la fin de l’histoire !? Dans cette ambiance incertaine,allongé sur ce lit plus qu’inconfortable, je respirai doucement, m’assurant que la vie entrait encore en moi. J’observai, évitant les paroles inutiles. L’espace se remplissait de tristesses invisibles, de larmes évaporées. Entouré de mes proches, j’accrochais là un regard, ici un sourire comme autant de chefs d’œuvre qu’il me fallait emporter.

La porte s’ouvre, un homme en blouse blanche entre : «  Bonjour, je suis le Docteur……, je suis le chirurgien ! » En quelques mots, la réalité brutale faisait son apparition. S’adressant à mes proches : «  Je vais vous demander Madame, Messieurs de nous laisser, l’infirmière dans le couloir, vous donnera les informations pour la suite » ! Une étreinte, un baiser silencieux, ils s’éloignent ….

je ne sais pas pourquoi, mais je regardai mon fils aîné avec insistance…..soudain ! Il tourna la tête et je le vis pleurer ! Cette seconde fut insupportable , écrasante de désespoir! Ces larmes cristallisaient la terreur, la frayeur de tous et quelque part me culpabilisait ! Pourquoi ce corps leur donner tant de souffrances ? Je me haïssais…… Je me fis alors cette promesse, que ses souffrances, que leurs souffrances soient miennes à jamais et que le bonheur envahisse leurs cœurs !

Je n’ai rien écouté du discours du chirurgien……puis un brancard roule , mon esprit s’embrume………….

Ce ne fut que deux instants intenses, quelques minutes qu’il me fallait, désormais écouter avec attention avec humilité à chaque pas, à chaque inspiration. Ils peuvent apparaître banales, ordinaires, mais il y a, dans cette simplicité, ce que nous devons à l’humanité, observer, apprendre la souffrance de l’autre et ÊTRE , Juste ÊTRE !