Il
est 8h30, un homme arrive dans sa belle voiture, se gare sur le
parking , prend sa serviette dans le coffre et entre en son bureau. A
midi, il en sort pour le déjeuner, revient vers treize heures s’y
enferme jusqu’à dix huit heures.

Qu’il
pleuve ou fasse grand soleil, le rituel est, invariablement, le même
! Parfois, je suis sur le trottoir à son arrivée , je lui
adresse, alors, un «  bonjour » amical qui, les saisons
défilant, ne reçoit aucun écho !

Cela
me surprend, toujours ! Être à ce point dans sa « 
bulle » et refuser juste un bonjour. On s’interroge sur soi,
notre «  bonjour » était il bien amical ? Ne suis
je pas agressif ? Pourquoi forcer cette non-volonté ? Aller
vers l’autre n’est, peut être pas, aussi facile !

La
bienveillance n’agresse personne, c’est la perception que nous en
avons qui la modifie, la dénature. Les raisons sont multiples,
haine, jalousie, égoïsme, honte…..mais aucune n’en est une
justification. Nous sollicitons l’excuse à notre manque de
réflexions, nous revendiquons pour nous dédouaner de nos
responsabilités. Bien sur des malveillants, des gredins exposent
leurs nocivités, leurs apparentes et éphémères opulences comme
autant de tableaux en une exposition. Pourtant quelque soient leurs
richesses, leurs splendeurs , ils n’ont ni la joie , ni la
compassion en eux, juste une souffrance , une incompréhension d’eux
mêmes ! J’ai, toujours l’image des châteaux de sable qui aussi
complexes soient ils, aussi solides soient ils, disparaissent à la
marée montante.

Un 
« bonjour » est un accueil, une invitation au partage de
l’instant, le souhait profond d’une journée joyeuse, ce n’est
ni une question, ni une intrusion brutale. Rien n’est plus terrible
que le ressenti d’un accueil soupçonneux, arrogant.

Un
jour, oh !, il y a bien longtemps, un homme inconnu m’adressa
mon premier «  Namasté ! » . Ce fut pour moi , une
joyeuse surprise. Au delà de la signification du mot, il y avait
dans le son des syllabes, dans l’attitude douce et respectueuse de
cet homme, tant de bonté, qu’il m’apparut évident, naturel de
lui répondre, maladroitement, de la même façon, avec le même
mot ! Je n’eus nul besoin de dictionnaire, nul besoin d’une
définition, cette émotion offerte en trois syllabes fut un
merveilleux cadeau .L’apprenti que j’allai devenir, avait son
premier enseignement.

Les
matins , les rencontres tout au long de notre vie seront
innombrables, je fais un rêve, ici, qu’ils commencent , toujours
par un «  Namasté » aussi fabuleux !

Philippe
De Frémontpré