Lettre à mon frère

Cher Philippe,

Il m’a fallu un peu de temps pour ouvrir votre lettre. Elle est restée là, appuyée sur l’encrier de mon bureau.Vous allez rire, nous nous regardions en une attente complice , essayant, elle ,de cacher vos mots et moi de les deviner! Puis un soir , la nuit se posait, sans autre raison que celle qui me rapproche de vous , je pris vos feuillets pour commencer ma lecture . Vous me permettrez de vous répondre, un peu plus tard , par une autre une lettre !

Il me faut , d’abord, vous donner des nouvelles de Frémontpré. Une tempête s’est abattue sur le bourg et la maison , il y a quelques jours. Il n’y a pas de victimes, ni de blessés, ce fut violent et soudain. On ne compte plus les arbres déracinés et les clôtures arrachées. La maison de Matthieu a perdu tout un pan de mur, laissant , ainsi tous ses biens aux bons plaisirs du vent et de la pluie.Je l’ai recueilli le temps des réparations, qu’il a entrepris, immédiatement, malgré le danger. Le clocher de l’église a été emporté, sans trop de dommage pour la charpente, selon Ivan Malgré de terribles conditions, il est parvenu à poser une bâche sur le toit . Vous le savez, c’est un casse-cou, vous faisiez la paire du village ! Frère Paul et les élèves du collège organisèrent la préparation de repas chauds au réfectoire. Ce fut un soulagement pour beaucoup et un moment de vrai partage. Les entraides se composèrent, les taches se distribuèrent en une harmonie qui réchauffa les cœurs et apaisa les esprits ! Pour ma part , j’encadrai une activité dessin et peinture pour les plus petits, où les taches les plus colorées et les plus bizarres se gribouillaient du bout des doigts plus que du pinceau.

La maison a peu souffert, quelques tuiles, deux fenêtres, le kiosque de la terrasse, voilà ce que j’ai pu constaté. Dés que Matthieu sera disponible, nous ferons un état plus précis. Mais ce qui m’attriste le plus, ce sont les chênes, vos chênes !!! Une dizaine sont couchés sur le flanc, laissant une trouée vide dans le parc . Les uns sont déracinés et d’autres sont brisés en deux, cela est impressionnant, plus de cent ans de vie gisant sur le sol détrempé.

Ce spectacle de désolation, mais aussi , le souvenir de vos folles équipées en leurs branches m’ont beaucoup affectées, je sais votre attachement pour ces grands arbres. Je ris , encore, de vos postures « chauve -souris, la tête en bas, le visage écarlate, au bord de l’asphyxie De vos longues absences silencieuses, assis sur une branche, en un équilibre magnifique, les yeux en ce ciel, où j’avais cette sensation que vous aspiriez la vie.

A écrire , cela , l’émotion me gagne, se mêlant à mon sourire, qui je l’espère ,voguera vers vous !

Prenez soin de vous , mon très cher frère, faite le bonjour à Ayako qui me tarde de connaitre.

Je vous embrasse tendrement

Marie-Louise.