Château de Promery le 21 juillet 1894

Madame,

Pardonner cette audace, Madame, de vous aborder de la sorte. Ce n’est pas une étrange manière, mais la seule me venant à l’esprit afin que nous fusses présenté. Je l’avoue maladroite, Madame, sachez qu’elle ne manquera ni de respect, ni d’égards à votre encontre, j’en souffrirai qu’il en soit autrement. N’hésitez pas dans l’instant , à jeter au feu, ces quelques lignes , si elles vous effraient, si elles vous choquent, j’en serai le seul coupable. Dans le cas contraire, puis-je vous dire , sans détours, la joie que me procurera votre lecture .

En me promenant aux abords du lac, je vous vis, suivie de votre Dame de compagnie. Sur le ponton, vous vous êtes arrêté, l’ombrelle tournoyante, votre robe de lin blanc pénétrée de soleil. Oh ! Mille excuses, Madame, pour cet excès de familiarité, mais l’image était si belle, si belle que l’émotion est encore si présente en mon esprit. Un trouble s’empara de moi, cependant ! Il me plait de croire que je me trompe, Madame. Votre regard entre eau et montagne cherchait, visiblement une Paix, pour calmer un probable tourment. Mais, peut être ne s’agissait il , que d’un nuage passant, dessinant, sans talent, une ombre sur votre visage.

J’entrepris de vous suivre , tel un malandrin, m’assurant à chaque pas de votre bon retour .Vous savez, maintenant, comment j’obtins votre adresse ,me permettant de vous faire porter ce pli. Je suis en visite familiale au Château de Promery, ce qui m’ennuie, énormément.Je fais , donc , quelques escapades en Pays de Haute Savoie pour en découvrir les attraits, les charmes et surtout la nature.

Je manque à tous mes devoirs et à la simple politesse. Je me présente Philippe De Frémontpré, je vous fais grâce de mon titre, représentant si peu à mes yeux.

Puis-je espérer, Madame, qu’il me soit offert le plaisir de vous lire, simplement en de bonnes nouvelles ? Si tel n’était pas votre souhait, j’en prendrai acte avec regrets.

Soyez assuré, Madame, de ma noble et respectueuse attention.

Je vous prie, Madame, d’accepter mes hommages

Philippe De Frémontpré