La seule cause


Il y a des mots que l’on croise,
Sans les apprendre,
A défaut de les comprendre.
Des rimes qui pavoisent,
Sans pour cela fleurir.
Des voyelles en sens unique,
Des consonnes squelettiques.

Pourtant ils s’additionnent,
Se multiplient au carbone,
En d’étranges discours,
Lâchés à une pitoyable cour,
Avide de rêves fumées,
D’orgasmes simulés.
Pourtant ils brillent,
Scintillent,
Comme la robe d’une putain,
Au bras d’un marin,
Perdus dans les lueurs mensongères,
D’étreintes éphémères.

Combien de charlatans,
De vrais faux princes charmants,
Noircissent des feuillets
Sans vous rendre la monnaie ?
Donnant à l’escroquerie ses lettres de noblesse,
Et l’aumône à la tendresse.
Combien de critiques, cherchant à faire un mot,
Plutôt qu’à entendre et écouter le beau,
Font du vocabulaire, un tiroir caisse,
De la grammaire, une liasse épaisse.

Je rêve d’autres mots,
Qui ne soient pas que des mots,
Mais de fiers drapeaux,
Couleur tolérance,
Flottant aux vents de la connaissance.
Je rêve d’idéaux,
Aux racines profondes,
Aux points rageurs,
Aux virgules fécondes.
Et c’est au-delà de nos peurs,
Au-delà de cette vision minimale
D’un monde en cavale,
Que l’humanité, dans un cri de victoire,
Bannira d’un trait de plume
La haine et son écume,
Pour construire le chemin de tous les espoirs !
Et faire enfin de l’autre la sagesse à apprendre,
La seule cause à défendre.

Vincent