Un essentiel.

Il me revient en mémoire, quelques mots échangés,
D’avec mon histoire et cet homme qui passait.

Il apparut aux détours de ma route,
Le visage serein de celui qui ne doute.
Son regard, reflet d’un ciel bleu et calme,
Apaisait et réchauffait comme une flamme.
Ses mains fines, brisées par le temps,
Racontaient, encore des contes aux enfants.
Chacun de ses pas étaient le début d’une randonnée,
Propice à une découverte, mille fois renouvelée.
Il avait ces absences malheureuses,
Où, le monde en plaintes douloureuses,
Submergeait son cœur,
Noyant son âme d’horribles frayeurs.
Portant en lui, l’humilité de l’apprenti,
Il tissait avec patience, au fil des jours, la vie.
Cette vie, où l’essentiel n’est pas dans l’immédiat,
Mais toujours, dans ce que l’on ne sait pas.

C’était un après-midi clair,
Où le soleil généreux donnait aux nuages des nuances amusées.
Le vent sentait les vagues et les rires du bord de mer,
Brassant la quiétude de silences et de secrets.
Assis sur un banc, je griffonnais sur un carnet de Moleskine noir,
Une rime aux syllabes charnues et orgueilleuses.
Description maladroite, d’une rencontre d’un soir,
Me faisant la part belle, voir même flatteuse.
J’alimentais, ainsi mon ego,
De la démesure des arabesques de mes mots.
J’osai croire, naïvement, que le temps comptait mes pas,
Mais il passa bien vite son chemin et ne se retourna pas !
J’avais la crédulité du nombriliste,
Pensant qu’il suffisait d’aligner des lettres pour être artiste.
Il me manquait tout !
Cette souffrance solitaire sculptant chaque vers avec vérité,
Portant le verbe au sens aigu de l’indécente humanité.
Cette émotion offrant à une plume,
Une palette de couleurs intenses et irréelles.
Ce creuset de ressentis cherchant une teinte nouvelle,
Au plus intime de nos sentiments inachevés.
Comme la complicité charnelle du violon et de son archet,
Quand la violence se mêle à l’amour pour inventer
L’extravagant, l’impétueux, le romanesque, l’extraordinaire,
Bien au-delà des paysages sans fin de l’imaginaire.
Mais plus que tout,
La foi, en ce que nous sommes et ce que nous fumes !
Ce que nous fumes en innocence,
Ce que nous sommes, dépouillés de nos apparences !

Le jour s’assombrissait.
L’air embaumait des regrets d’une belle journée.
Les amants, sous les draps, se glissaient,
Doucement apprenaient à s’aimer.
Épuisé d’affronter, sans relâche, ma propre réalité,
Je n’avais que l’idée de tout abandonner.
De me laisser envahir par l’éphémère individualité de l’instant,
Et sans questions, mourir, sous les rires du temps.
Mais les mots sont plus forts,
Ils s’éloignent puis reviennent,
Cherchant une victoire à grands coups de remords.
C’est, alors que la raison se fit mienne,
En ces moments partagés aux bords d’un chemin,
Il avait tout emporté.
Mes ambitions tenaces, mes amours en quatrain,
Et mes rêves aliénés.
Il ne me restait plus qu’un essentiel à apprendre
Une vie à comprendre

Vincent