Mon saule

Au fond du jardin, un saule.
Majestueux, torturé, fragile,
Livrant, chaque jour, bataille,
A Mistral, son ami !
Sur son tronc noueux,
Souvent léché par le feu,
Tant de frêles épaules
S’appuyèrent en de douces idylles.
Et combien de siestes canailles,
Allèrent jusqu’à la nuit !

Nul besoin de coupe,
Le vent, la pluie passe leur route,
Courbant les branches, à toucher la terre,
Refuge des oiseaux de la mer.
Il est là, chaque année,
En attente de ce jour d’été,
Ou, poussant la vieille barrière,
Je le retrouvais, seul et fier.

Il inventait mes rêves,
Distribuant les rôles,
Au gré d’une farandole,
Corsaire d’un soir,
Comédien de foire,
D’une étoile filante,
Il en faisait ma confidente

Il m’apprit les rimes
Un jour de déprime,
Ou, ma vie bascula,
Pour un enfant,
Pour serment.
Lui, il était là !
Il m’apprit, les mots simples
Pour renaître humble.
Comme un « petit bouchon ! »
Flottant sur une autre chanson.

Je cherche, souvent son image,
En ma mémoire, bien sage.
Compagnon sans haine,
Des mes rires, de mes peines
Je cherche, souvent son image,
M’évadant de cette triste cage,
Pour y respirer la vie,
Entre sagesse,
Et paresse !

Au fond du jardin, un saule,
Mon saule !

Vincent