Sur le bord du trottoir

Sur le bord du trottoir, la bienveillance était assise. L’indifférence l’avait installée là, les pieds dans le caniveau. Elle grelottait l’hiver et transpirait à grosses gouttes l’été. Dans le brouhaha de la ville, chaque jour, chaque nuit, mille et mille personnes passaient sans la regarder.

Pourtant, quand un regard croisait le sien, elle souriait. Pas un sourire de circonstances, ou pour quémander quelques faveurs, non ! Un sourire généreux ! Oui, de cette générosité qui fait la richesse de l’humble,la fortune du sage. Un sourire qui se donne mais n’attend rien ou plutôt un sourire qui est une graine en l’esprit de l’autre, la semence d’une réflexion, l’embryon d’une compréhension……..Et le fruit à venir rendait la bienveillance heureuse !

Comme le dit Elias : «  un regard, un geste , un mot quand il est bienveillant du plus profond de notre cœur, n’est pas inutile……même les pieds dans le caniveau ! »

Philippe De Frémontpré

( Méditations)

Bruits de bottes

 

 

 

 

bruits de bottes

Quel terrible sous titre : » Nous n’avons rien appris ! »

Bruits de bottes !!! le monde s’agite, les souffrances s’avancent en ordre serré, armées de ces certitudes égocentriques où chacun a de bonnes raisons et de terribles jugements ! Les peurs, en d’étranges doctrines, s’inventent et s’installent en les esprits , en les cœurs. On brandit fanions et étendards comme pour se rassurer ! Chacun réduit le monde à ses idéaux, à cet horizon de haine et de feu ! Les mots d’ordre s’impriment, se chantent, se hurlent à tue tête…….

J’ai en moi cette sensation, qu’avec méthode, insidieusement,sournoisement, tout cela nous prépare à l’effroyable, à l’épouvantable, à un déchaînement des haines effrayantes dictées par des égos bouffis d’orgueils patriotiques, économiques, catégoriels, ethniques, et même religieuses ! Le monde a cette inhumanité de se mettre à feu et à sang pour une caste, une doctrine, quelques privilèges et un liquide noirâtre qui sent mauvais !

L’écoute est devenu un vain mot, le dialogue véritable bienveillant prête même à rire, le compromis compassionnel a disparu des esprits comme la brume du matin se dissipe avec le vent ! La nature humaine a cette vertu d’être en expérience c’est à dire d’associer cette chaîne « observer apprendre comprendre » de ce qui fut pour en accepter les conséquences d’une part mais aussi d’en tirer le remède qui ne fera pas se renouveler l’acte nocif. Mais , il semble évident que ce remède n’est que sable au vent ! Beaucoup sont prets à souffrir et faire souffrir pour la simple haine de l’autre !

Oui ! Visiblement nous n’avons absolument rien compris !

Philippe De Frémontpré
( Au delà de l’innocence)

Un rayon de lumiére.

 

 

Quand le jour parait au coin de ma fenêtre, un rayon de lumiére s’invite en ma chambre. Il chasse peu à peu, l’obscurité de la nuit, sans bruit, sans fausse note. Le temps d’une respiration , je me plais à l’observer. Il est, comme un trait de sagesse, humble et généreux. Il a cette discrétion en éclairant le présent, de dessiner l’instant sans oser le bousculer.Accompagnant la fin de nos rêves, nos premières pensées au sortir de la nuit, il paresse , parfois, pour mieux nous saluer.

Il y a milles et milles moments aussi simples que celui-là. J’ai, cette sensation, que nous les fuyons comme on fuit le bonheur.

Oh ! Nous avons tant à faire, me direz vous ! Un café, une tartine… le temps nous est précieux…….au point de ne plus l’accueillir !

Philippe De Frémontpré

Lettre en souffrances

 

 

 

A vous lire , Madame, la souffrance me vient. Non, celle de mon corps affaibli ou de mon esprit fatigué, mais celle, de vous sentir en plein désarroi !
Il est des silences, plus blessant qu’une flèche en plein cœur, des mots oubliés plus aiguisés que la lame d’une épée ! Mais sachez , tel n’est pas mon souhait, ni mon vœu !

En mon être, une compagne de voyage insinue le mal, à petites doses. Oh ! Je la connais bien, elle est venue, si souvent, peindre avec noirceur le ciel de ma vie. A la côtoyer de la sorte, j’envisage ses passes et esquive ses touches, un combat difficile l’adversaire est sournois, perfide ! Elle manie l’espoir comme un dard et vous pique l’esprit pour endormir votre défense.
Il me faut être vigilant, encore et encore ……..

Cette souffrance, dont je vous parle , Madame, est comme en dehors des circonstances, en dehors de ce présent pesant. Il est des nuages que l’on voit, tonner sur d’autres paysages et qui nous affectent, nous écorchent , nous mordent plus fort. Pourtant, ils sont loin et l’on devrait s’en réjouir, mais on ne le peut ! Ma compagne de voyage devient, soudain, insignifiante, sans réalité. L’émotion, le ressenti de la souffrance d’autrui, comme les braises dessous les pieds, est alors plus intense , plus profonde, plus insupportable.

J’accueille cela avec beaucoup d’incompréhension. Il me faut aller au delà de cette innocence ! Comprendre ! Oui comprendre pour ne pas trébucher, pour ne pas être cette maladie, pour aimer encore, à cause de l’autre , pour que la bienveillance ne soit un mot vain, dénué de sens, mais un acte humble, généreux, aimant !

Voilà, Madame, en peu de mots , peut être déconcertants, ce que j’additionne ou soustrait de ces minutes qui crayonnent ce présent ! Le présent la seule chose qui ne finit jamais, comme dit le poète !

Permettez moi de vous embrasser, vous souhaitant, sincèrement un bonheur pur à chaque seconde renouvelé !

Philippe De Frémontpré
( Au delà de l’innocence)

Comment ……

«  ………comment donner un sens à notre vie ! ……. »

( tiré d’une citation de Matthieu Ricard )

L’essentiel n’est il pas dans ce premier mot :  » comment « ? A toutes évidences, il y a tous les sens …. la bienveillance, la compassion, l’attention à l’autre en sont un parmi tant d’autres ! Soyons les apprentis de la vraie nature de la vie !

C’est à la suite de ce commentaire, qu’il est bon , je pense de s’interroger sur notre vigilance ! Plus j’avance en la pratique, plus j’explore avec précautions le noble chemin, plus l’évidente vigilance me semble etre ce «  baton de marche » indispensable pour ne pas trébucher.

Donner un sens à sa vie, revet de multiples facettes. Nos désirs, nos émotions,notre égo sont à la fois autant d’alliés que d’ennemis. La vigilance, la discipline, comme le ferait un baton de marche, écarte les cailloux et nous oblige à l’équilibre. J’emploie le mot «  oblige » non pas dans le sens d’une obligation ferme, mais dans celui où, à chaque fois que nous faisons appel à la vigilance, nous en sommes son obligé !

La vigilance n’est un coup de fouet, mais cet effort qu’il nous faut avoir, qu’il nous faut devoir pour que notre pratique dessine peu à peu notre vraie nature !

Philippe De Frémontpré

( Méditations )

Les mots se firent attendre !

Les mots se firent attendre !

Comme chaque jour, je voulais écrire ce matin. Je m’installe, alimente ma plume en encre et ouvre mon cahier ! Rien ! Les mots semblent s’être absentés. Oh ! Mon esprit fourmille de pensées comme tout un chacun, mais celle que je vais poser là , sur ce papier blanc, où est elle ?

J’additionne les mots, je soustrais les virgules, je multiplie les majuscules et divise le voyelles ! Rien n’y fait ! Tout ce fatras m’apparaît en sa somme, sans intérêt, sans ce goût tendre et apaisant, fort et claironnant, curieux et audacieux d’un voyage à dessiner !

Je fermais les yeux, alors, et me surpris à me regarder ! – «  Redresse toi ! Prend place de la meilleure des façons dans ton fauteuil ! » Je souris , entendant en mon esprit la voix d’Elias où est ce la mienne portant à ma vigilance endormie, les bribes d’une de nos conversations.

– « Comment peux tu accueillir les mots de cette manière ? , » m’avait il lancé !

C’était un soir d’été, un de ces soirs où l’on se sent plein d’énergie. Nous revenions d’une balade où les mots avaient été banni pour une simple contemplation, mêlant respect, curiosité, humilité. Elias avait souhaité que je traduise mes impressions, mes émotions, mes inquiétudes, mes frissons sur le papier. Je me mis à la tache avec cette volonté, non pas d’expliquer pour comprendre, d’exprimer pour peindre mais juste pour l’impressionner.

Les mots se firent attendre !

Elias s’en aperçu, il eut,alors cette phrase : «  Si tu souhaites réussir cet essai, il ne faut pas vouloir ! Oui, ne pas vouloir ! , il te faut accueillir les mots avec simplicité, les laisser oser l’arabesque d’une syllabe et ainsi déposer la juste quantité d’encre qui dessinera avec précision l’émotion, la pensée, la compréhension. »

En effet, nul besoin de cette volonté farouche qui bien souvent nous détourne de la réflexion première. Laisser être, dans le respect d’un accueil bienveillant de ce qui est ressenti, de ce qui est appréhendé, de ce qui est appris !

Philippe De Frémontpré

( Au delà de l’innocence)

la surface de l’eau

«  Comme une lettre, écrite du bout du doigt, à la surface de l’eau ! » Matthieu RICARD
 
Quelques mots additionnés, simplement et pourtant….C’est en traversant cette phrase que ma lecture en fut interrompue. Il est parfois de ces assemblages , où l’image vous vient instantanément, où l’émotion vous gagne, où la réflexion s’impose sans précipitations.
 
Ne décrie-elle pas, avec humilité et beauté, l’instant présent ? Je l’ai savouré avec gourmandise, je l’avoue. Cette gourmandise remplie de joie qui nous assaille avec bienveillance, qui nous assène à grands coups d’évidences la noble et juste nature humaine.
 
Comment après cela, ne pas apprendre, ne pas comprendre ? Oh ! Bien sur , ces mots sont entourés d’un contexte particulier, d’un enseignement où l’esprit se désapprend, où nous sommes ce doigt effleurant la surface de l’eau, où l’instant se confond puis s’absente.
C’est un moment de paix, où en sa force, la compassion s’expose et ose , une expérience exigeante, vigilante en l’apprentissage de soi.
 
Philippe De Frémontpré
( Au delà de l’innocence)

Les mouvements de l’esprit.

 

 

 

Prendre conscience des mouvements de l’esprit !

Dans cette attention à soi, il y a l’observation unique de s ‘approprier, sans attachements, le défilement ininterrompu de nos pensées. De les regarder avec compassion, les approcher avec impartialité, considérer leurs faiblesses, intéresser à leurs force ni trop, ni trop peu. C’est un instant où l’on ne s’inquiète pas, on ne se préoccupe pas. Il nous faut parcourir ce chemin en passager. L’esprit peut, alors, se soucier de telle ou telle souffrance, la prendre à bras le corps et en rechercher les causes. C’est dans l’apaisement de l’esprit que bien des portes s’ouvrent, bien des nuages s’évaporent ! Il nous est, alors, possible d’oser , de se laisser être !

Une proche me parlait  « de bouillonnement dans sa tête » et j’avoue en avoir ri. J’espère qu’elle me pardonnera ! Pourtant, combien d’entre nous ont eu ce sentiment d’un foisonnement tel, que notre tête va exploser !

Aux regards de ce fleuve intarissable de pensées, qui nous agresse, souvent, notre égo est super actif, nous offrant la futilité de l’éphémère, la bêtise de l’inutile, l’irrationnel de la haine, la folie de l’ignorant !

L’équilibre juste est en cette respiration du corps et de l’esprit engendrant l’apaisement, compassion, la liberté !

Philippe De Frémontpré

( Au delà de l’innocence)

Merci

 

La lumière faiblit !En meute, des nuages gris, dessus l’océan, masquent un soleil, jusque là, généreux et bienveillant. Le vent, d’au delà l’horizon, pousse ces cumulus, tel un berger menant son troupeau. Sans hâte, cette cohorte se répand, accompagnant le fracas des vagues,à l’assaut du rivage, en un présage d’une pluie annoncée !

Marchant sur la jetée, mon regard observe ce chien courant après une balle emportée par une bourrasque. Je souris voyant ce couple , remontant leurs cols pour affronter la pluie , tout en continuant leur promenade. Stoppant un instant, je me mis à l’écoute de cette houle s’écrasant sur le sable et glissant, en un désordre d’arabesques, pour avancer encore et encore . Je me disais : «  Quelle volonté ! A chaque marée, essayer , essayer à toutes forces d’aller plus loin, d ‘aller plus haut ! ». je m’adossais au muret de la digue, le regard perdu, l’esprit en réflexion, sans remarquer cet homme en imperméable gris, prés de moi.

Sa pèlerine se confondait avec le parapet et l’enveloppait du cou aux chevilles. Il portait un bonnet jaune dont la forme et la couleur me questionnèrent . C’est un être de petite taille, d’une silhouette plus fréquente sur les terres d’Asie qu’en bord de mer, ici au Pornichet. Les yeux clos, il est en paix, enfin je le suppose, même l’espère , tant l’image est douce, désarmante.

Je me trouvais , alors désemparer et heureux. Joyeux de cette émotion de l’instant, calme, bienveillante et désorienté par le flot de questions qui me venait à l’esprit.Il y avait là, comme un parallèle avec la météo, la chaleur d’un soleil partagé, l’arrivée de la grisaille et l’ardeur de l’émotion, l’impatience de l’interrogation.

Nous avons passé de longues minutes à partager un silence, comme dirai-je….. ?, complice, absolu ! L’esprit, je le pense, à cet faculté d’être au plus profond de soi à cause de l’autre. Cet cause qui, même en un environnement hostile, guide la paix, la compassion humblement , généreusement.

Comment se réjouir d’un moment, où l’ardent équilibre s’exprime avec une telle justesse ?

Il était temps de quitter ce lieu. Je repris mon chemin, mais avant, me tournant vers le petit homme, je lui adressais un merci empli de joie et de gratitude. Il ouvrit les yeux, me sourit et reprit sa quête ….

Philippe De Frémontpré

( Au delà de l’innocence)

Réalité

 

 

 

Réalité ?


« Ce n’est pas la réalité qui nous trouble, mais l’opinion que l’on s’en fait » Epictecte

Il nous est arrivé, à tous, de pointer l’horizon, un but à atteindre où simplement le jour qui se lève et d’y chercher une cause à notre mal être, à notre tristesse. Pourtant, à bien y regarder, les nuages, le soleil sont dans leurs quotidiens, les uns traçant, à notre regard, le début du ciel , la fin de la terre, ou pour les autres à être ce point au bout du chemin. Mais comment observons nous tout cela ?


Où plutôt, comment habillons nous tout cela ? La réalité ne souhaite qu’un regard attentif . Nous avons la « fâcheuse » habitude de la colorier de nos craintes , nos désirs , nos préjugés de toutes ces émotions qui , nous le croyons avec force, sont les reflets du monde. Ne s’agirait il pas, de « notre monde » ? Comme sur une étagère à confitures, nous étiquetons, les pots à notre convenance. Cela est bien plus commode, n’est ce pas ? Travestir la réalité pour le confort d’y trouver , en dehors de nous mêmes, les causes de nos regrets , de nos souffrances.


La satisfaction qui en résulte est de courte durée. La peinture s’écaille, le mur de nos certitudes se craquelle ici ou là ! Nous bâtissons trop de châteaux de sable , qui à la première vague disparaissent……Nous faisons, bien souvent abstraction de l’observation, de la réflexion, négligeant l’environnement, les circonstances et les conséquences. La réalité souffre de nos égoïsmes, de ce « bien penser » ordinaire qui s’absout de toutes contraintes de tous regards de l’autre !


Ne fermons nous pas la porte à l’humain ?

 

Cette réalité, qu’avec tant de couleurs, tant de tours et de détours nous essayons de fuir, nous en sommes les fabricants. Nos défections quotidiennes, nos indécences envers l’autre sont autant d’horizons qu’il nous faut cachés………Depuis la nuit des temps nous sommes les producteurs et acteurs de nos propres souffrances et nous dépensons une énergie folle à vouloir n’être que des spectateurs offensés !

 

Si nous devons être des passionnés, soyons des passionnés de la Vie et j’ajouterai même avec excès ! Bâtissons notre réalité pour l’autre et à cause de son bonheur !

 

Philippe De Frémontpré
( A respirer la Vie )

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