Au milieu de personnes.

Au milieu de personnes.

Il y a ce vieil homme,
Assis, au milieu de personnes.
De son bâton noueux, en de profondes rigoles,
Dessine les contours d’une raison un peu folle.
Avec application, évitant les cailloux,
La canne sculpte la poussière sans y voir le bout.

Ses pensées s’éparpillent,
Et le trait devint brindille,
Cherchant dans la finesse, réponse à tant d’affirmations.
Le temps le sait, il y a là, matière à réflexion.
Pourtant, il ne s’attarde pas, prolongeant cette ligne,
En arabesques subtiles aux courbes dociles et dignes.
Le discernement est il à ce prix, qu’il faille passer outre le désir,
Laissant aux pointillés le silence d’un hypothétique devenir ?
Je m’égare !
Revenons aux lacets raisonnés d’illusions dictées,
Reposantes, mais sans hasard,
Satisfaisantes pour les âmes bien nées.

Posé sur son séant, frissonnant quelque peu,
Le vieil homme n’en reste pas moins rigoureux.
La méthode s’interdit la passion,
Car elle-même, en est l’unique objection.
Plus il avançait en son esquisse,
Plus le bâton affinait sa glisse.
Les reflets de lumière pour unique couleur,
Cette image inventée osait la grandeur.
Ce fut, alors un combat !
La rébellion conquit son bras.
Les yeux fermés, la vie au bord des lèvres,
Il plongeât, une fois encore, au plus profond de son être.
Risquer l’héroïsme et enfin se sublimer,
Ou laisser la malsaine fortune au capricieux brasier !
Ce précieux équilibre en tous sens cherché,
Comme une question à la naissance posée !

Le vent, à l’affut, lisse cette délicate toile,
Faisant au vieillard, hérisser le poil !
Mais, sans agacement notoire,
Le vieil homme recommença à peindre l’espoir !

Vincent

Encore un peu…..!

Encore un peu!

Ses yeux me parlent en silence,
Témoin, d’une trop longue absence.
Pourtant, chacun de tes mots s’envolent.
Un à un tendrement, je les récolte,
Enivrés de leurs parfums uniques, sensuels.
Je pars en rêverie.
Au détour d’un chemin d’ici,
Là où la douceur d’une herbe fraîche, invite aux désirs,
Où les pas de l’un, de l’autre s’alourdissent d’envies.

Caresser tes cheveux, en vagues entre mes mains,
Laisser de concert, ma bouche découvrir ta nuque,
Lentement, pour le plaisir et nulle autre raison.
Mes doigts s’enhardir en frissons de tendresse,
Lisser tes lèvres en une douce promenade.
Oser, un regard secret sur le galbe charmant
D’une poitrine voilée.
Dénuder la pudeur, un moment retenue,
Comme une hésitation à se donner enfin !

Attendre, attendre sans compter !
Sans compter les délices de prévenances gourmandes,
Délicatement abandonnées, sur la soie d’une peau,
En pointillés d’audace en tous points passionnés.
Sourires complices et baisers fougueux,
Les paupières se ferment, les corps abdiquent !
Les cris, soudain, se mêlent,
Les gémissements jaillissent,
Suppliant le ciel, qu’un bonheur sans pareil,
S’attarde, encore un peu !

Vincent

La maison d’à coté !…..


« Les réponses n’ont de sens, que si l’éternité les écoute ! »
Philippe de Frémontpré


La maison d’à coté ?

Au-delà de la fenêtre, il y a la maison d’à coté.
Une bâtisse ordinaire, un toit de tuiles rouges,
Une façade de pierres massive, un peu usée.
Dans le jardin, ou rien ne bouge,
La nature prend des libertés.
Le lierre, les bras au ciel, s’affole
En d’étranges farandoles.
Il court, court, à se tordre le cou,
Il se maille et s’accroche un peu partout.
Çà et là, quelques taches de couleurs,
Éclatentsur cette palette de vert.
On devine une table, une chaise rouillée,
Quelques pots en terrasse, dont certains renversés.
Un saule majestueux traîne ses langueurs.
Ses grandes branches fragiles, balayent le sol.
Sur ce tapis d’herbes folles,
Insectes et batraciens se disputent la fraîcheur
D’un petit bassin, de la moindre rigole.
Tout est en paix, sans peur !
Au-delà de la fenêtre, il y la maison d’à coté.
Une histoire, un passé sans doute,
Des images que le présent redoute.
Une porte grince, un volet claque,
Chaque bruit est un mystère,
Comme une ombre au fond d’un sac !
Mais, laissons là ces pensées austères.
L’on sent une présence discrète,
Presque secrète.
Une lumière vacillante derrière un voilage,
Un regard cachant un autre paysage.
Je garde le silence comme une complicité,
Des mots invisibles sur une feuille froissée.
Dans ces voyelles et consonnes, ici dessinées
Il y a, comme un respect, une parole donnée.
Au-delà de la fenêtre, il y a la maison d’à coté.
Je m’invite sans frais, à cet imaginaire,
Cherchant dans mes questions, l’extraordinaire.
Il reste des réponses, que des murs enferment
Geôliers à jamais de l’éternité suprême.

Vincent

Où sont tes rêves ….?


Où sont tes rêves …?

Où sont tes rêves, Mandela,
Toi qui, un jour, pardonna,
Toutes ces souffrances, ces outrages,
Faits à un homme mis en cage ?
Les hommes, dans leurs folies,
De la liberté n’ont rien appris,
Traçant des chemins de haine,
Forgeant de nouvelles chaînes.

Où sont tes rêves, Gandhi,
Toi qui, face aux armes, sourit
Sur des chemins de connaissance,
Pas à pas vers la tolérance.
Les hommes, dans leurs folies,
De la compassion n’ont rien appris,
Tétant l’égoïsme et l’éphémère,
Comme le sein de leurs mères.

Où sont tes rêves, l’Abbé,
Toi, compagnon des mal-aimés,
Récoltant chiffons et misères,
De tous ces pauvres sans colère.
Les hommes dans leurs folies,
Du partage, n’ont rien appris,
Construisant des montagnes de biens,
Pour satisfaire leurs chiens.

Où sont tes rêves, Dalaï-lama,
Toi qui, sous les bombes ton pays quitta
Parlant d’essentiel et d’humanité,
Pour combattre, par la paix, la brutalité.
Les hommes, dans leurs folies,
De la sagesse n’ont rien appris,
Écrasant par l’imposture,
Un peuple, son passé, son présent, son future !

Vincent

La nuit est en retard


La nuit a du retard.

Je regarde par la fenêtre,
Les jours passants, sans même me voir.
L’ennui m’envoie « paître, »
D’autres âmes à chasser sur le trottoir.

Mais, je parle de moi, de moi,
Et encore de moi !
Tant de silences sont à admirer,
Tant de rêves à respirer.
L’autre ! Qui est il ?
Que me veut- il ?
Pourquoi cette opposition ?
Pourquoi cette obsession ?
Nous sommes, tous l’autre de quelqu’un.
Et aussi, l’autre de nous- même.
N’est ce pas une évidence, pour tout un chacun ?
Oserai-je ce blasphème,
D’inventer un Dieu, pour vous l’expliquer ?
Tous les autres sont pris, ou fatigués
Enfin, je crois !

Je regarde par la fenêtre,
Les jours passants, sans même me voir.
La nuit est en retard
Mes yeux se perdent dans trop de hasards.

Mais, je parle du temps.
Du sourire d’un printemps,
De la blessure d’un enfant.
Le temps du plaisir, le temps furieux.
Ce passé, par exemple, où règnent nos regrets,
Amers, mais trop souvent orgueilleux.
Ce présent que l’on habille et déshabille,
Aux couleurs de nos « bon gré, malgré ! »
Cet avenir que l’on envie déjà !
Sans trop savoir où il va.
Mais soulagé,
De cette « putain » de liberté,
Que l’on a jamais su conquérir,
Que l’on a jamais su, offrir !
Faut il oublier le temps pour comprendre ?
Ce « tic-tac » assourdissant,
Ses minutes trop courtes,
Pour le choix d’une route.
Oublier-moi un moment, juste un instant !
Le temps n’est pas à vendre.
Enfin, je crois.

La nuit est en retard.
Enfin, je crois !

Vincent

Pensées d’une plume fatiguée

Pensées d’une plume fatiguée.

Je pense, soudain,
A tous ces mots perdus
Oubliés, dans un bruyant silence,
A ces phrases fourbues,
Épuiséespar trop d’errance.
A cette plume fatiguée,
D’exclamations calculées,
De virgules amères et de points suspendus.
Osera t elle sans crainte, braver l’inconnu,
Pour, enfin respirer,
Enfin ses chaînes briser ?

La liberté a un prix, le mépris.
Celui des orgueilleux, des aigris.
Plus, elle est combattante,
Plus, elle est flamboyante !
Elle ne m’appartient pas,
Mais, mes rimes me l’offrent,
Surgissant çà et là,
Au détour d’une strophe.
Tes mots sont là !
Arides, à force de pleurer,
Couverts de cette hideuse hypocrisie
Couleur vert de gris.
Tes mots sont là !
Témoins du temps et de la vérité
Étendardsensanglantés,
D’une certaine idée de l’humanité.

L’humanité, parlons-en !
De ces rêves détruits à coup de canon.
De l’autre qui compte,
S’il apporte un acompte.
On brûle ton âme pour une religion,
Trahissant son frère pour une addition.
Le temps nous manque, lui dit on !
Mais pourquoi lui construire une prison ?
Tes mots sont là, mon amie !
Plantés au cœur de la vie.
Plus forts que tous les guerriers,
De ces batailles, toujours dernières.
Plus solides que tous les piliers,
De ces édifices de pierres,
Ou les hommes chantent leurs Dieux,
Ou les hommes se croient pieux !

Je pense, soudain,
A tous ces mots galvaudés et meurtris.
Prononcés, tant de fois,
Comme un secret que l’on confie !
Puis, jetés aux mauvais vents.
Ces vents, d’un « croyez en moi »,
Vertueux et bien pensant.
Je pense, soudain,
Aux phrases de ces trop beaux discours,
Griffonnées pour une tendre basse-cour,
Adeptes des grands soirs,
Ceux ou l’on renouvelle l’espoir
Afin d’éviter un naufrage,
Dans un prochain suffrage.

Un jour , par tristes horizons
Les mots nous jugeront !

Vincent

Mes présences


Mes présences.

Il y a, dans mon cœur,
Une place pour chacun de vous.
J’ai dans le cœur,
Notre prochain rendez-vous !

Mes amis de passage
Sont autant de rivages,
D’où l’on part en découvertes,
En quelques rimes secrètes.
Les mots sont un chemin,
Pouvant être périlleux.
Nous en sommes les pèlerins,
Pauvres de Dieu !
Riches d’un poème
Sur la feuille, croisé,
Heureux d’un blasphème,
A l’injustice hurlé !

Je vous demande pardon,
De ces lignes indiscrètes,
Que bien souvent mes maux,
Par le verbe, reflètent.
Je vous donne les miens,
Et me guérit des vôtres
Il me suffit d’un rien,
Pour devenir l’apôtre,
D’un rêve qui s’enfuit,
Jusqu’au bout de la nuit.

Je passe des silences,
Par vos mots en lecture,
Devinant une errance,
Par une lettre pure.
Je passe des questions,
En heures de réflexions,
Pour une addition de lignes,
A la beauté assassine.

Du haut d’une falaise,
J’écoute une ballade,
Promenade irlandaise,
Je vous en offre l’aubade.
Elle vous chante la vie,
Comme pleure un violon !
Elle vous pleure la vie,
Comme chante les saisons !

Vous êtes mes présences,
Mes complices d’absences,
Mon premier refrain triste,
Mon dernier tour de piste.
Je devine, par hasard,
L’esquisse d’un sourire
Une larme qui s’ égard,
Pour ne pas trop souffrir.
Mes mots me font mal,
Tortionnaires involontaires,
De vos imaginaires.

Il y a, dans mon cœur,
Votre place en ma rébellion.
J’ai dans le cœur,
Notre partage en compassion.

Vincent

Mes randonnées.

Mes randonnées.

En regardant le ciel, je pense à ces vies inachevées,
Comme autant de nuages en courses éternelles !
Je prends, alors mon bâton de marche, lace mes scandales,
Pour en une longue promenade, gravir ce bleu et les retrouver.
Il m’arrive d’envier les oiseaux, caressant du bout de l’aile,
Une destinée anonyme et heureuse, un règne tragiquement banal.
Ma route saigne de ces rencontres, ou le hasard ricane,
Où les pleurs ont le goût d’une attente sans fin.
Il me faut avancer ! Soutenir ces regards profanes,
Et croire ! Oui, croire qu’il y aura un autre matin !
Peu de passés se rejoignent en harmonie,
Cherchant dans les méandres de la souffrance,
Un signe, un souffle d’une autre vie.
Parés du masque de l’ignorance,
Trop s’acharnent à ne comprendre,
A ne pas apprendre !

En regardant le ciel, je pense à ces vies inachevées,
Comme autant de nuages en courses éternelles !
Je prends, alors mon bâton de marche, lace mes scandales,
De Dame Nature je deviens le vassal.
Parcourant sentiers et vallées,
Délaissant incantations, prières et autres missels,
Je m’abandonne, alors en émotions,
Ma randonnée s’impose en couleurs, sagesse, et passions.
Il naît, devant mes yeux de profanes, d’autres paysages,
Faits de l’ardeur d’une fourmi, de l’abnégation de l’abeille.
De la fragile puissance du chêne, à qui de jeunes demandent conseils,
Et ce temps qui n’est plus le même, comme absent, sans age.

En regardant le ciel, je pense à ces vies inachevées,
Comme autant de nuages en courses éternelles !
Le jour s’éteint, laissant pour témoins des milliers d’étincelles.
Je pose mon bâton de marche, délace mes scandales.
Quelques brindilles réchauffent un corps fatigué mais apaisé.
Il me tarde de voir, l’aube et ses brumes pales.
Sur l’herbe verte, quelques rêves encore endormis,
Traduisent en rimes, mes pensées innocentes de la nuit.
Je prends, alors mon bâton de marche, lace mes scandales,
Il me reste tant à voir….

Vincent

Dunes.

Dunes


Je la devine, belle.
De cette beauté simple, presque discrète,
Ou, le temps n’est plus qu’une ombre abstraite,
Donnant à la lumière, ce besoin d’éternel.

Je la devine, triste.
Disputant aux silences, d’intimes souffrances.
Jouant en arrogance,
Pour un autre tour de piste.

Je la devine, aimée.
De ses mots dispersés au bord de l’horizon,
En tendresse de sa plume, doucement rassemblés,
Couplets et refrains en pures émotions.

Je la devine, fragile.
Plantée dans le sable, d’une plage perdue,
Respirant le vent, d’un ailleurs venu.
Elle est là-bas, son île !

Vincent

Le serment .


« Tenir ses promesses, jusqu’au bout de ses rêves »
Mathieu RICARD


Le serment.

Au-delà des montagnes,
Sur la place d’un village,
Un vieil homme chantonnait,
Des refrains bien peu sages.
Au-delà des montagnes,
Là où dort la sagesse,
Un vieil homme paresse,
Les yeux mi-clos, il part en voyage.
Sa mie, en pensée, la rejoint en image.

C’était un dimanche,
Un dimanche de mai !
Elle avait une robe blanche,
Dans les mains, un bouquet,
De fleurs d’amour,
De fleurs de saison,
Celles que l’on cueille au creux du jour,
En promesse de passion.
Le vieil homme, appuyé sur sa canne,
Assis , à l’ombre d’un platane,
A croiser ses souvenirs,
Son visage, soudain s’illumine.
Cette absence ne le fait plus souffrir.

Comme elle était belle !
Douce, fragile, fine,
Dans sa robe de dentelles.
Les cheveux noués d’un ruban rose,
Délicatement, sur ses épaules se posent.
La lumière, sur sa peau, jouait de ses reflets,
Comme sur les ors d’un palais !
Il n’osait la regarder,
Tant ses yeux, timides au demeurant,
Avaient la profondeur de l’océan.
Il fit, alors le vœu,
De vieillir dans ses bras,
Et de ne peindre qu’en bleu,
Chaque ciel que Dieu leur donnera.

Il s’appelle Moshé,
Elle s’appelait Marie.
Dans leurs mondes calfeutrés,
S’aimer de la sorte était un défi.
Ils vécurent ainsi entre tendresse et quolibets.
Cinq enfants, tous bien nés
Grandirent sans haine mais avec fierté.
Chaque matin, dés le soleil levé,
Un pinceau dans la poche,
Avant que ne sonne la cloche,
Il s’assure, avec humilité,
Que le ciel soit bleu !
Rien ne le détourna de son serment.
Ni, les peurs d’un autre temps,
Ni, toutes ces terres promises,
Ou, trop de rêves se brisent.

Au-delà des montagnes
Sur la place d’un village,
Un vieil homme lève la tête,
Sourie à la vie,
Comme « un bonjour » à sa mie.
Le ciel est toujours aussi bleu !

Vincent

( Portrait « vieil homme . » Anne DELPLACE )

Haut de Page